mardi 3 novembre 2020

Paladin : Warriors of Charlemagne

Autrefois, j'étais rôliste. Précisons : je pratiquais le jeu de rôle sur table, avec des amis, des dés, du papier, des stylos et des chips. C'était le temps de mes lointaines études, et j'avais péniblement rassemblé une poignée de camarades pour jouer avec eux à Donjons & Dragons, Ambre, Tiers Âge, et quelques autres jeux. J'étais parfois simple joueur, le plus souvent maître de jeu. Je n'étais pas particulièrement doué, d'ailleurs, que ce soit dans un rôle ou dans l'autre. Mais j'ai tout de même maîtrisé quelques parties mémorables, dont je pense n'être pas le seul à garder un bon souvenir. Et puis, les ans ont passé. J'ai laissé derrière moi les milieux estudiantins, ma région d'origine, d'autres activités m'ont accaparé, et j'ai remisé mes manuels de jeu de rôle à la cave. De loin en loin, je continuais à me renseigner sur les nouveautés touchant ce loisir que j'avais aimé, mais je ne suivais plus tout cela que d'un œil distant, et mes envies passagères de ressortir mes dés du placard restaient toujours velléités.

Et puis, j'ai découvert Paladin : Warriors of Charlemagne.


Vous ne rêvez pas : il s'agit bien d'un jeu de rôle basé sur les chansons de geste et, plus généralement, sur l'univers de la matière de France ! On y incarne des héros, des chevaliers de Charlemagne, qui peuvent côtoyer Roland et Olivier, croiser le fer avec Fierabras et Ferragus, partager les aventures des quatre fils Aymon ! C'est un jeu tout récent, qui doit d'avoir vu le jour à une campagne de financement participatif

Je me le suis procuré aussitôt. En parcourant ses pages, j'ai été très agréablement surpris : l'auteur, Ruben In't Groen, est un véritable connaisseur de nos épopées ! Il ne s'est pas contenter d'utiliser les quelques chansons les plus célèbres, non : il a exploité, pour créer son jeu, jusqu'aux poèmes les plus obscurs ! A l'évidence, il maîtrise à la perfection notre matière épique. Il a même bâti, pour servir de cadre narratif aux aventures des joueurs, une titanesque chronologie fictive, entremêlant très habilement, et de manière presque exhaustive, les données de nos légendes à celles de l'Histoire ! 

Je suis très impressionné par un tel choix car, pour ma part, en tant qu'écrivain, je n'ai pas eu une telle ambition : je me suis borné à reprendre, dans mes livres, les données légendaires, sans chercher à les concilier avec celles de l'Histoire, ce qui me semblait tout bonnement chimérique. Mes lecteurs le savent bien : je me suis borné à renvoyer l'Histoire chez elle avec un coup de pied au cul, en assumant le fait que mes récits parlent d'un Charlemagne imaginaire qui vit dans un monde imaginaire.  Ruben In't Groen me démontre qu'il était possible de rapprocher davantage Histoire et légende, et Dieu sait qu'il a dû s'arracher les cheveux pour y parvenir ! Je crois qu'il faut être soi-même connaisseur en chansons de geste, pour apprécier à sa juste valeur la savante marqueterie dans laquelle il a su juxtaposer une multitude de faits, réels ou fictifs, de manière étonnament harmonieuse. Un vrai travail d'orfèvre !

Si un jour vous passez par-là, M. In't Groen, sachez que je vous tire mon chapeau bien bas !

Soit dit en passant, on peut lire en ligne une très intéressante interview de l'auteur. Je vous la recommande.

Que vous dire d'autre ? Le livre est beau, joliment illustré (quoique assez sobrement). Il propose un système de création de personnages étroitement basé sur les chansons de geste, qui en prend en compte la dimension lignagère : les héros que l'on incarne sont des fils, qui deviendront des pères, et la succession des générations aura une influence sur la manière de jouer. Tout cela est très bien pensé. Différentes régions, différents peuples sont décrits, avec leurs particularités et la manière dont elles peuvent influer sur les personnages qui en sont issus. Il y a aussi un petit bestiaire, galerie de monstres et de créatures dont la plupart proviennent tout droit de nos épopées. Et les scénarios proposés, eux aussi, sont inspirés de chansons de geste. Un vrai bijou que ce jeu !

J'aimerais bien pouvoir dire que suite à cette trouvaille j'ai ressorti mes dés, et que tous les samedis je préside aux  palpitantes aventures de vaillants chevaliers, par les terres sarrasines ou la forêt d'Ardenne. Hélas, je me rends compte que, comme rôliste, je suis bien rouillé. Prendre en main un système de jeu que l'on ne maîtrise pas coûte des efforts. ça n'a jamais été trop mon fort : si j'appréciais Ambre,  le jeu de rôle sans dés tiré de l'univers des Chroniques des princes d'Ambre de Roger Zelazny, c'était en grande partie pour sa simplicité ! En comparaison, Paladin est un jeu complexe. Arriverai-je à me l'approprier ? Je n'ai plus vraiment le temps, ni peut-être la motivation. 

Et puis, je n'ai plus de compères à réunir autour d'une table. J'ai bien tenté de me rapprocher d'une association orléanaise de jeu de rôle, joué quelques parties maîtrisées par d'autres... Mais l'univers de la matière de France est inconnu de la plupart des gens, même chez les rôlistes (dont on pourrait pourtant espérer qu'il soient plus susceptibles que d'autres de s'intéresser à des légendes médiévales) et je n'ai pas perçu chez mes compagnons de jeu occasionnels un grand empressement à s'y initier. La crise sanitaire et le confinement n'arrangent rien, bien sûr. Tout cela restera donc sans doute à l'état de velléité. 

Malgré tout, je suis heureux d'avoir ce jeu dans ma bibliothèque. Plus encore, je suis heureux que ce jeu existe, heureux qu'il ait pu voir le jour, heureux qu'il se soit trouvé suffisamment de gens pour s'intéresser au projet et le soutenir, heureux de savoir qu'il y a, de par le monde, des rôlistes qui partagent des histoires dans l'univers des chansons de geste. Je suis heureux, et reconnaissant, que mes chères vieilles légendes revivent, d'une certaine manière, à travers ce jeu.

5 commentaires:

  1. Votre article inciterait à revenir au rôlisme. Heureusement, j'ai échappé à ce monde particulier. ;-) A titre d'information inessentielle (aucun rapport avec votre sujet de prédilection) : un autre jeu de rôle parvient à mêler, avec un talent remarquable, l'histoire véritable (pas au sens de Lucien) que nous connaissons et une histoire parallèle voyant les affrontements, au fil des millénaires, entre groupes de vampires, loups-garous et autres créatures fantastiques. C'est "Le monde des ténèbres" :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Monde_des_t%C3%A9n%C3%A8bres
    Les bouquins du jeu (règles, présentations des clans, biographies de personnages), que j'ai presque tous lus, sont ordinairement de grande qualité. Un des rares chefs-d'oeuvre du jeu vidéo avait été tiré de ce JDR : "Vampire the Masquerade : Bloodlines".

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    1. ça a l'air intéressant. Hélas, je crois bien que le JdR est derrière moi.

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    2. Il ne faut jamais dire jamais cher ami. Une fois que ce maudit virus nous aura laissé en paix, il sera plus facile de jouer dans le monde réel. En tout cas ton serviteur ici écrivant serait motivé par du JDR avec les paladins de Charlemagne. :-D

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  2. Je vous remercie vivement pour cet éloge, qui a d'autant plus de valeur étant donné qu'il vient d'un connaisseur des gestes !

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    1. Cher Monsieur, je suis honoré de votre passage sur ce modeste blog, et je vous réitère toutes mes félicitations ! "Paladin" est un jeu superbe, que je recommanderai à mes amis rôlistes chaque fois que l'occasion m'en sera donnée. Je ne désespère pas, d'ailleurs, de réussir à en organiser un jour une partie, si ce fichu virus finit par nous laisser en paix...

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