dimanche 12 janvier 2020

Les Cavalhadas

Quaderna, le narrateur et protagoniste du somptueux roman La Pierre du Royaume d'Ariano Suassuna, est un homme aux multiples facettes. L'une d'entre elles, et non des moindres, est sa folle  passion pour les cavalhadas, ces festivités équestres brésiliennes, prenant place durant les fêtes religieuses et populaires, qui s'inspirent des récits de chevalerie venus en droite ligne de nos chansons de geste. Des récits toujours vivants de nos jours au Brésil, via la littérature de cordel et la poésie orale des cantadores. J'ai déjà traité de tout cela en détail dans mes précédents billets ; je ne m'attarderai donc pas.

Quaderna, poète-chevalier dans l'âme, est un participant enthousiaste des cavalhadas de son village, où il s'impose même comme un des principaux organisateurs de ces fêtes. Au chapitre XIII du roman, ou plutôt au folheto XIII, qui s'intitule Mes Douze Pairs de France, notre narrateur nous fait de ces cavalcades un tableau vivant et coloré qui, pour l'amateur de chansons de geste, s'avère passionnant et rappelle bien des souvenirs. Je vais donc vous en livrer quelques extraits, que je ferai suivre de quelques menus commentaires de mon cru.

"Une fois, après le marché, il y eut une Cavalcade, chose qui allait prendre une importance capitale dans ma vie. Il y avait là vingt-quatre cavaliers. Douze représentaient les Douze Pairs de France du Cordon Bleu et, les autres, les Douze Pairs de France du Cordon Rouge, mais en fait ceux-ci étaient les Maures. Il y avait donc un Roland du Bleu et un autre du Rouge, et les autres cavaliers s'appelaient Oliveiros, Guarim de Lorena, Gerardo de Mondifer, Gui de Borgonha, Ricarte de Normandia, Tietri de Sardanha, Urgel de Danoa, Bosin de Gênova, Hoel de Nantes, le Duc de Nemé et Lamberto de Bruxelas. Ah ! Monsieur le Corrégidor, vous ne pouvez pas imaginer l'enthousiasme royal qui me transporta lorsque les cavaliers défilèrent à cheval dans la rue, précédés de matinadores portant les bannières des deux cordons - l'une bleue et l'autre rouge. On m'expliqua que les Bleus et les Rouges allaient se disputer des trophées et que je devais me déclarer pour l'un des deux camps. [...] 

De toute façon, Monsieur le Corrégidor, tout cela m'aidait, peu à peu, à m'enorgueillir de toute la royauté et de la chevalerie de mes aïeux. Le monde, mon pauvre monde, rude, terne et pierreux, se transformait en un Royaume enchanté. Ma vie grise, laide et médiocre d'enfant sertanèje, réduit à la pauvreté et à la dépendance après la ruine de la fazenda de mon père, s'emplissait de galops, de couleurs et de bannières de Cavalcades, d'héroïsme et de chevalerie qui m'aideraient ensuite à accepter la dure et triste réalité quotidienne que cet environnement implacable m'offrait. C'est pour cela que, à l'âge adulte, je suis devenu le chef et l'organisateur de toutes les fêtes de ce genre, par ici. [...]

Si Votre Excellence avait pu voir, ce samedi-là, tous mes gens prêts pour la Cavalcade, vous auriez été transporté d'enthousiasme ! Les Bleus portaient des culottes bleues et un gilet de velours jaune qui tombait sur des bottes de cuir qui leur montaient jusqu'au genou. Ils avaient des éperons et de longs poignards, des casques de fer-blanc et, accrochée au cou, une cape bleue avec une croix jaune leur couvrait le dos. Les Rouges, quant à eux, étaient en rouge. Sur leur cape, au lieu d'une croix, il y avait six croissants de lune blancs."

La Pierre du Royaume, Ariano Suassuna, trad. par Idelette Muzart, Métaillé, 1998.




Après ces lignes, je serais sans bien inspiré de me taire, après vous avoir, tout au plus, conseillé de lire La Pierre du Royaume, et peut-être bien de visiter le Brésil.

Las, je suis, il me faut bien en convenir, un érudit ! Je n'en tire pas gloire, car en art, comme l'écrit Valéry, "l'érudition est une sorte de défaite". Mais enfin, puisque c'est ce que je suis, et puisque l'on ne peut donner que ce qu'on a, je vais tout de même vous infliger un peu d'érudition avant de vous quitter.

Tout d'abord, il y a bien sûr quelque chose d'incongru dans l'idée de Douze Pairs de France maures s'opposant aux Douze Pairs de France chrétiens, et d'un Roland bleu se mesurant à un Roland rouge. Cette bizarrerie nous donne à penser que les récits chevaleresques, en devenant l'objet de fêtes populaires, perdent un peu de leur cohérence. Mais l'idée n'est tout de même pas complètement dénuée de sens. Il me semble que l'on peut la faire remonter à la fameuse Chanson de Roland, dans laquelle Marsile, le roi de Saragosse, désigne douze champions, douze "pairs sarrasins", pour affronter les douze pairs de Charlemagne. Ces douze pairs sarrasins seront, pour la plupart, terrassés par leurs homologues français, au cours d'une série de combats singuliers, durant la première partie de la bataille de Roncevaux. Bien évidemment, dans la Chanson, les pairs de Marsile ne portent pas les mêmes noms que Roland et ses compagnons.

Quant aux noms des douze pairs de France, force nous est de constater qu'il ont subi quelques altérations en passant au Brésil. Mais ils demeurent reconnaissable et je me propose de vous les traduire. Ces noms, proviennent, pour la plupart, de la liste donnée par la chanson de Fierabras (XIIème siècle), et non pas de celle du Roland. Plusieurs d'entre eux sont ceux de héros épiques qui comptent parmi les plus célèbres de nos poèmes. Il s'agit donc de :

Oliveiros : Olivier, le sage et vaillant frère d'arme de Roland.
Guarim de Lorena : Garin le Lorrain (héros d'un groupe de chansons que l'on appelle la Geste des Lorrains, Garin est le chef et l'ancêtre d'un puissant lignage de barons de Lorraine, en lutte contre une famille rivale de seigneurs bordelais ; son nom, déformé, est à l'origine du nom allemand du Chevalier au Cygne : Loherangrin, puis Lohengrin).
Gerardo de Mondifer : Bérard de Montdidier (il s'agit du fils de Thierry d'Ardenne, qui joue un grand rôle dans la Chanson des Saxons où il est compagnon d'armes de Baudouin, le frère de Roland).
Gui de Borgonha : Gui de Bourgogne (un des personnages principaux de la chanson de Fierabras, qui conte ses amours avec la princesse sarrasine Floripas).
Ricarte de Normandia : Richard de Normandie (ou Richard sans Peur, il s'agit d'un personnage historico-légendaire, devenu compagnon de Charlemagne par la grâce d'un de ces anachronismes dont les chansons de geste sont coutumières).
Tietri de Sardanha : Thierry d'Ardenne (et non pas de Sardaigne; c'est un personnage récurrent que les lecteurs de mes livres connaissent bien).
Urgel de Danoa : Ogier le Danois (un de nos héros les plus célèbres, qui ne le cède en gloire qu'à Roland et Renaud de Montauban).
Bosin de Gêneva : Basin de Gennes (sire de Gennes dans le Maine-et-Loire, et non pas de Genève ; il s'agit d'un chevalier-enchanteur dont les pouvoirs magiques tirent Charlemagne et ses compagnons de plus d'un mauvais pas).
Le Duc de Nemé: le duc Naimes, de Bavière (ce sage vieillard, bien connu lui aussi de mes lecteurs, est le meilleur conseiller de Charlemagne).
Lamberto de Bruxelas : Lambert de Bruxelles (un personnage fort effacé).

Le nom d'Hoel de Nantes (baron breton assez discret qui jouit d'un brève mise en avant dans la Chanson d'Aiquin ; lui aussi est librement dérivé d'un personnage historique, fait pair de France par les pouvoirs de l'imaginaire et de l'anachronisme) est resté inchangé. 

Quant à celui de Roland, restitué par la traductrice sous sa forme française, notons en passant qu'au Brésil, il s'écrit Roldão (prononcer "Roldan").

samedi 28 décembre 2019

La Pierre du Royaume

Désireux de pousser plus avant ma découverte de la culture brésilienne, et en particulier de la place étonnamment large qu'y occupent les traditions héritées de la matière de France, je me suis tourné vers La Pierre du Royaume, roman hors du commun dû à la plume de l'écrivain Ariano Suassuna, très inspiré par la littérature de cordel.


Il faut dire que le quatrième de couverture avait de quoi m'allécher. Jugez plutôt :

"Un royaume messianique, fondé sur deux pierres enchantées, a été établi dans le Haut Sertão de Paraíba puis il a disparu. Quaderna, poète-bibliothécaire d'une petite ville sertanèje témoigne devant le juge, qui s'efforce de découvrir la dimension politique des luttes qui ensanglantent le Nord-Est du Brésil depuis un siècle. 

L'arrivée du Damoiseau Blanc sera le point de départ de la " quête " de Quaderna : quête de la vérité, recherche d'un trésor perdu, de sacrement qui fera de lui l'Empereur de Sertão. Les douze pairs de France et l'univers chevaleresque, toujours présents dans la littérature de " cordel ", pénètrent toute l'œuvre, lui proposant ses buts aventureux et ses structures romanesques : la transformation des héros de chevalerie en personnages mythiques fournit des solutions à des situations sociales, économiques et structurelles apparemment sans issue. La fête du rituel de passage du monde réel à l'univers romanesque. 

Ce roman inclassable et fascinant, érudit et populaire, participe du rêve et de la réalité, du rire et du drame. La critique enthousiaste a évoqué, lors de sa sortie, Don Quichotte et La Divine Comédie ou Tartarin de Tarascon, cette universalité de référence cache la perplexité devant un roman irréductible à son seul ancrage dans le Nord-Est Brésilien."

Que vous en dire de plus, maintenant que j'en ai achevé la lecture ? J'ai été conquis, et le mot est faible. Ce roman, sans conteste ma plus ébouriffante découverte littéraire de ces dernières années, ne ressemble à aucun autre, et mon intérêt n'a pas faibli un seul instant, jusqu'à ce que j'en atteigne la fin.

Pourtant, l'action met du temps à se mettre en place, et l'on pourrait presque dire que, dans cet étrange récit, il se passe en fait assez peu de choses. Mais tout l'intérêt du livre tient à la manière dont les faits sont rapportés, par ce déroutant narrateur qu'est Quaderna, certainement la figure la plus fascinante dont l'auteur ait peuplé son oeuvre.

Quaderna, de son propre aveu, est à la fois poète, bibliothécaire, charadiste, devin et astrologue, tenancier de maison de passes, chevalier, roi et descendant de rois, romanceiro, rhapsode et diascevaste, extrémiste du centre et monarchiste de gauche, et catholique sertanèje, pas catholique romain, entre autres qualités. C'est aussi un génie ou un cinglé, on ne sait trop, et pourquoi ne serait-il pas les deux ? Ses différentes facettes nous sont dévoilées, les unes après les autres, au fil du roman. 

Le style dans lequel Quaderna nous conte son histoire est une pure merveille : âpre, cru et charnel, mais aussi flamboyant comme une bannière et rutilant comme une pluie de joyaux ! Chapeau bas à la traductrice, Idelette Muzart, pour l'avoir restitué : la tâche n'était pas facile, et elle a su s'en acquitter d'une façon qui mérite tous les éloges ! Par son regard enchanteur et son verbe enchanté, Quaderna métamorphose les contrées misérables, désertiques et d'une pauvreté sordide du Sertão (l'arrière-pays du Nord-Est brésilien, prononcez "Sertan") en un univers envoûtant pleins de chevaliers, de rois et de princesses, un univers où s'exercent les puissances merveilleuses et inquiétantes du divin, traversé d'anges, de diables et d'onces. Car l'once, cet animal que l'on appelle aussi la panthère des neiges, occupe une grande place dans le roman, où il se présente sous différents avatars : Once-Tachetée du Divin, Once galeuse du monde, et puis aussi cette autre once, une once ailée, maléfique et funeste celle-là, qui est une des apparences que revêt la Bête Bruzaca, incarnation du diable.

Si Quarderna est le metteur en scène de l'histoire qui nous est contée et règne sur elle en quasi-Démiurge, n'allez pas croire que les autres figures du roman soient négligées, bien au contraire ! Qu'il s'agisse de Samuel et Clemente, les deux "castrats", intellectuels pusillanimes et "maîtres" de Quaderna, de personnages quasi-mythiques incarnant des forces et des passions abstraites (l'Emissaire du Bleu, l'Emissaire du Rouge, le Damoiseau Blanc au passé mystérieux...), de Pedro Beato, le cocu sans ambition, saint homme plein d'indulgence qu'on se prend à admirer, du Corrégidor et de Margarida (les deux personnages auxquels s'adresse le récit), de l'évêque et des bourgeois apeurés, du peuple hétéroclite des gitans, des muletiers et des bandits de grands chemins, tous sont vrais, et incroyablement vivants.

Les chapitres sont présentés comme des folhetos de littérature de cordel, et ornés de xylogravures à la manière traditionnelle, ce qui ne gâte rien.

Est-ce une comédie ? Un roman picaresque ? Est-ce un roman social ou une étude de mœurs ? Est-ce une épopée ? Est-ce un roman de cordel ? Est-ce une chanson de geste ?

Je n'en sais foutrement rien mais ce livre est un putain de chef d'oeuvre, c'est moi qui vous le dis !

lundi 16 décembre 2019

Les Douze Pairs de France viennent de Belém du Pará

Je vous propose aujourd'hui de découvrir une chanson, Os Doze Pares de França, oeuvre du chanteur, compositeur et musicien brésilien Toquinho. Consacrée aux douze pairs de France, elle date de 1978, c'est à dire du 1200ème anniversaire de l'épisode historique dont s'inspire la légende de Roncevaux : plusieurs manifestations commémorant le souvenir de Charlemagne et de ses preux eurent lieu au Brésil cette année-là. Cette oeuvre est un beau témoignage de la manière dont les Brésiliens se sont réapproprié notre matière épique.

Toutefois, à l'époque, cette chanson fut interdite par la dictature militaire alors en place au Brésil : on reprochait à Toquinho de dénigrer le Brésil au profit de la France. Ce reproche n'est pas entièrement fondé : l'artiste célèbre moins le pays réel appelé France que le souvenir des légendes héroïques, romanesques et chevaleresques, transmises de la France au Brésil par les caravelles des découvreurs du Nouveau Monde : en somme, ce que Toquinho évoque est un âge d'or imaginaire en un monde rêvé. 

Mais les censeurs avaient tout de même vu juste, même si ce n'était pas tout à fait pour les raisons qu'ils avançaient : cette chanson avait réellement une portée quelque peu subversive. L'artiste proposait à son auditoire une forme d'évasion par la poésie et le rêve, et aucune dictature n'aime que ses sujets puissent échapper à son emprise, fût-ce par le pouvoir de l'imagination : il s'agit déjà là d'une forme de résistance passive.

Tenez, je vais vous conter une anecdote relative à deux de mes écrivains favoris. C.S. Lewis rapporte qu'un jour, lors d'une conversation avec son ami Tolkien au sujet de la littérature d'évasion et de ses contempteurs, Tolkien lui demanda : "De quelle sorte d'hommes t'attendrais-tu à ce qu'ils soient les plus vigilants et les plus hostiles vis-à-vis de l'idée d'évasion ?" La réponse était, tout simplement, les gardiens de prison. Il me semble que la censure dont Toquinho fut victime en est un bon exemple.

Ci-dessous les paroles de la chanson, accompagnée de leur traduction française qui n'est pas de moi (je serais bien en peine de traduire le portugais, et je commence à moult le regretter), mais de Beate Langenbruch, universitaire à qui je rends un respectueux hommage pour son travail sur les chansons de geste. Je vous recommande d'ailleurs vivement la lecture de son excellent article sur la place de la matière de France dans la culture brésilienne.


Os Doze Pares de França

Os doze pares de França
Vêm de Belém do Pará
Montando doze ginetes
Mais brancos do que o luar
Vêm de França, anel e lança
Cavaleiro, olê-olá
Cantando uma loa alegre
Para as moças do lugar

Tendo a luz dessas espadas
Não carece o sol raiar
Nem de rei, nem de princesa
Ninguém mais vai precisar
A verdade tem um brilho
Que põe a terra a rodar
Faz nascer mais cedo o milho
Inventa modos de amar

Os doze pares de França
Cavaleiro, olê-olá
Vão levar meu coração
Pro outro lado do mar
Pro lado de lá da noite
Lá pras bandas da manhã
Onde o sol bate em meu peito
Vermelho como romã

Les Douze Pairs de France

Les Douze Pairs de France
Viennent de Belém du Pará
Montant douze destriers
Plus blancs que le clair de lune
Ils viennent de France, anneau et lance
Chevalier, olé-olà
Contant fleurette en chantant gaiment
Aux jeunes filles du lieu

Quand il y a la lumière de ces épées
L’aube ne manque pas
Ni de roi, ni de princesse
Plus personne n’en a besoin.
À vrai dire, il y a là une luminosité
Qui met la Terre en mouvement
Fait naître plus tôt le maïs
Invente des façons d’aimer

Les Douze Pairs de France
Chevalier, olé-olà
Vont enlever mon cœur
Vers l’autre côté de la mer
Du côté de là-bas, de la nuit
Là-bas, vers les lueurs du matin
Où le soleil frappe ma poitrine
Rouge comme une grenade


samedi 14 décembre 2019

Charlemagne, empereur du Brésil

Quiconque a fréquenté un tant soit peu les chansons de geste sait bien que nos poètes médiévaux ont métamorphosé Charlemagne, historiquement un roi des Francs encore germanique à bien des égards, en un très anachronique roi de France, tenant volontiers sa cour à Paris, arborant des armoiries fleurdelisées et invoquant le nom de saint Denis au moment de se jeter dans la bataille : en somme, ils en firent un personnage archétypal et mythique, dans lequel les souverains capétiens pouvaient contempler leur reflet (un reflet toujours agrandi, souvent embelli, parfois enténébré) comme dans un Miroir du Prince. On ne sache pas qu'à l'époque, on ait fait aux chantres de geste le moindre grief de ces transformations.

En revanche, si un littérateur moderne se piquait d'écrire un livre intitulé Charlemagne, empereur du Brésil, peut-être jugerait-on qu'il se moque du monde, et abuse de la bienveillance de son lectorat. Cet auteur aurait pourtant quelques arguments à faire valoir pour défendre un projet apparemment si saugrenu : le Brésil est bel et bien, pour nos légendes épiques et pour leurs personnages, une troisième patrie (j'ai déjà exposé ailleurs comment l'Italie, grâce à des poètes tels que l'Arioste et Boiardo, peut être tenue à bon droit pour la seconde patrie de nos héros).

En effet, aussi étrange que cela puisse paraître, Charlemagne, Roland, Olivier, les douze pairs de France, bref la fine fleurs des preux de nos chansons de geste, font partie intégrante, ainsi que leurs exploits et leurs adversaires, de la culture populaire brésilienne, où ils tiennent, encore de nos jours, une place honorable. A l'origine, ce sont les conquistadors portugais qui les ont emmenés dans le Nouveau Monde, parmi d'autres bagages culturels, sous la forme de vénérables livres, venus tout droit du moyen âge, où se trouvaient compilés certains de nos récits les plus populaires. C'est par cet intermédiaire que le Brésil connaît les démêlés de Charlemagne avec les Sarrasins, la lutte titanesque d'Olivier contre le géant Fierabras et la miraculeuse conversion de ce dernier, les amours de la belle Floripas avec le paladin Guy de Bourgogne, et la mort héroïque de Roland et de ses compagnons à Roncevaux. 

Chose étonnante, alors qu'en France ces traditions poétiques dépérissaient, sombrant dans l'indifférence et dans l'oubli, au Brésil elles continuèrent de vivre et d'être aimées jusqu'à une époque récente ; en fait, à l'heure où j'écris ces lignes, elles n'y sont pas mortes (même si l'on peut craindre que la mondialisation, en arasant partout les cultures locales et les survivances du passé, ne finisse par les effacer). Nos légendes ont perduré au Brésil, et à ce jour y perdurent encore, grâce à une littérature populaire de colportage (non sans similitudes avec notre défunte Bibliothèque bleue), la littérature de cordel, qui doit son nom à la manière dont on en propose les opuscules à la vente, dans les marchés, en les suspendant à des cordelettes au moyen de pinces à linges.


Cette littérature populaire se compose d'écrits de toutes sortes : récits et poèmes héroïques, hagiographiques ou drolatiques, histoires picaresques de brigands, pamphlets politiques, contes amusants ou pieux, complaintes, recettes "de bonnes femmes" pour tout et n'importe quoi, bons conseils, proverbes, dévotes exhortations... Tout cela forme un fatras dont la valeur étroitement littéraire, ou esthétique (et je vous invite à prendre le mot comme le faisait Chesterton lorsqu'il riait des esthètes) n'est pas toujours élevée, mais dont l'intérêt humain est indéniable et la richesse étonnante. La littérature de cordel est fascinante pour qui accepte de se départir un moment du snobisme, et de l'idolâtrie des Lettres avec un grand "L".

Bien sûr, à mes yeux, le fait de donner asile à mes héros bien-aimés n'est pas son moindre titre de gloire.



La littérature de cordel, souvent versifiée voire conçue pour être chantée, se prête à la déclamation. Par ailleurs le Brésil a connu, jusqu'au siècle dernier au moins, des poètes et des chanteurs populaires, les cantadores, récitant poèmes et ballades exactement comme le faisaient, au moyen âge, ces musiciens et chantres errants, les jongleurs, qui colportaient les chansons de geste le long des routes de pèlerinage. Ainsi, en plein XXème siècle, nos épopées étaient encore chantées, ainsi qu'à l'origine elles furent destinées à l'être. Peut-être le sont elles encore, en certains coins du Nordeste. J'avoue que je trouve cette pensée extrêmement émouvante. De surcroît, des écrivains contemporains, et même de grands écrivains tels qu'Ariano Suassuna, s'inspirent, de nos jours encore, de la littérature de cordel, continuent d'en écrire, et font vivre ce patrimoine.

On me rétorquera que tout cela est bien beau, mais que cela ne justifie tout de même pas le titre que j'ai donné à ce billet. Je le maintiens, pourtant. Car les Brésiliens ne se sont pas contentés d'aimer nos légendes, de les faire vivre et de les célébrer avec un enthousiasme qui me touche profondément. Ils se les sont réappropriées et, se faisant, il les ont transformées, ainsi qu'ils en avaient le droit. Un droit poétique absolu, que je ne leur conteste nullement ! Tout comme nos gesteurs médiévaux transformèrent jadis le roi des Francs Charlemagne en un roi de France, et ses guerriers francs en chevaliers français, l'imaginaire brésilien a fait de Charlemagne un empereur du Brésil. Je laisse à Maria Isaura Pereira de Queiroz le soin de vous expliquer cette transformation avec ses propres mots :

"Il n'est pas étonnant que le roman de Charlemagne, avec les aventures des preux, leurs actes de bravoure, leur idéal chevaleresque, se soit maintenu dans un milieu si favorable. Les points de rencontre entre la légende et la société ont fait sans doute beaucoup pour préserver cette dernière. Les paysans conservent aussi l'idée que ces histoires ont existé dans un passé lointain, et ils ne doutent pas qu'il s'agisse du passé de leur propre société. En effet, dans une enquête menée parmi les élèves d'une école primaire du Sertão et de leurs parents, on les vit, parents et enfants, affirmer à l'unanimité que Charlemagne avait régné au Brésil en des temps très reculés. Au contraire, l'Histoire du Brésil apprise à l'école n'était considérée que comme un ensemble de contes et d'aventures irréelles, plus ou moins amusantes."

La légende de Charlemagne est si bien implantée au Brésil qu'on la voit déborder du cadre de la littérature de cordel pour prendre la forme de spectacles équestres, les cavalhadas, donnés durant les fêtes populaires et religieuses, dont les participants assument le rôle des héros de chansons de geste et rejouent, pour le plus grand plaisir du public, les affrontements millénaires des Chrétiens (traditionnellement vêtus de bleu dans ces représentations) et des Maures (vêtus de rouge).



La découverte de ce Charlemagne brésilien, des manifestations populaires dans lesquelles il s'incarne, et de la littérature de cordel, a été pour moi une grande joie et un puissant réconfort. Être le chantre de la matière de France n'est pas toujours un chemin de roses. Il m'arrive de craindre de devenir un vieux machin sclérosé, fermé d'esprit, se livrant dans la solitude à une stérile ratiocination, recroquevillé sur une conception étroite de l'identité, entravé par ses racines, aveugle au reste du monde. La destinée brésilienne de nos légendes me rappelle que la matière de France n'est pas qu'une antiquaille à l'usage des patriotes aigris. C'est surtout une grande mythologie, qui possède une portée universelle, et qui, comme la mythologie grecque, a rayonné sur de nombreux pays du monde. Pour celui qui l'aime vraiment, elle est une invitation permanente à élargir le cercle de ses intérêts et de ses curiosités. Pour ne pas s'en faire une prison, il suffit de savoir garder un esprit aussi aventureux que celui des paladins, toujours prêts à l'errance et à la découverte, qui en peuplent les récits.

Et je me prends à rêver d'écrire un livre qui répondrait vraiment au titre de ce billet, qui narrerait le règne de Charlemagne, au Brésil, en des temps reculés, et conterait les aventures merveilleuses des douze pairs, par les jungles épaisses où rôde le jaguar....

mardi 3 décembre 2019

Le cygne a pris son envol

Grâce au généreux soutien des souscripteurs de notre campagne de financement participatif sur Ulule, le projet Chevalier au Cygne a pu voir le jour. Tous nos remerciements à ceux qui nous ont aidés à le concrétiser ! Mon compère Nicolas Doucet achève ces derniers jours d'expédier leurs exemplaires aux souscripteurs : si vous n'avez pas encore reçu le vôtre, cela ne saurait tarder.


Si vous avez raté le coche et souhaitez vous procurer le livre, rien de plus facile ! Vous le trouverez par exemple aux Editions du Triomphe, ainsi que chez Téqui. Vos libraires habituels pourront aussi le commander, même s'il ne faut pas s'attendre à une déferlante dans les Fnac.

Vous pouvez aussi, bien sûr, vous procurez l'ouvrage directement auprès des auteurs, au cours des divers salons et événements auxquels nous prendrons part. En ce qui me concerne, je serai à Lamotte-Beuvron le 8 décembre pour la vente de livres et d'objets de Noël organisée par l'Association Culturelle de la Paroisse de Lamotte. Et, le 15 décembre, je serai à Paris pour le salon Lire sous les sapins. Vous pourrez donc en repartir avec, sous le bras, un exemplaire du livre dédicacé en vers plus ou moins inspirés.

Nicolas et moi allons maintenant nous atteler à la préparation du deuxième volume du diptyque, par lequel nous conduirons à son terme la Geste du Chevalier au Cygne.

mardi 23 avril 2019

Mythologie du cygne

Du fait de sa blancheur, de sa grâce, sans doute aussi des liens qu'il possède à la fois avec les éléments aquatique et aérien, le cygne exerce sur les hommes une fascination qui se traduit, dans de nombreuses mythologies, par une place notable. Dans le monde grec, par exemple, il est l'un des attributs d'Apollon, dieu de la musique et de la lumière solaire, mais dont les flèches représentent aussi la mort : avec ces divers domaines, l'oiseau entretient des relations complexes. 

Apollon
En particulier, la tradition savante héritée de l'antiquité et perpétuée par les bestiaires médiévaux prête au cygne un chant d'une grande beauté (peu en rapport avec son cri véritable) qui atteint son paroxysme lorsque l'animal sent approcher sa mort : c'est le fameux chant du cygne.

Dans le Kalevala, la grande épopée finnoise qu'Elias Lönnrot composa au XIXe siècle en rassemblant les chants populaires de son pays, un récit se rapporte à la figure du cygne. L'un des héros de l'épopée, Lemminkaïnen, entreprend de tuer le cygne de Tuonela, un oiseau mythique, Tuonela étant le royaume des morts. Lemminkaïnen échoue dans sa quête et périt : il ne doit de retrouver la vie qu'aux efforts de sa mère magicienne, qui rassemble les lambeaux de son corps déchiqueté et les recoud.

La mère de Lemminkaïnen

Mais ce sont dans les mythes germaniques et celtiques que nous trouverons les rapports les plus pertinents avec la légende du Chevalier au Cygne.

Dans le domaine scandinave, un manteau de plumes de cygnes, qui leur permet de revêtir l'apparence de l'oiseau et de se mouvoir dans les cieux, est l'attribut des Valkyries, les vierges guerrières au service du dieu Odin, dont la fonction est d'aller recueillir l'esprit des guerriers tués au combat pour les conduire au Valhalla, demeure d'Odin. Ces guerriers morts, appelés Einherjar, sont destinés à se battre aux côtés des dieux au cours de la bataille finale, le Ragnarök ou Crépuscule des Puissances, durant lequel les dieux seront détruits par les forces coalisés des géants, des monstres et des morts malfaisants. Les femmes-cygnes que sont les Valkyries jouent donc un rôle de psychopompe : elles circulent librement d'un monde à l'autre, avec les hommes qu'elles choisissent pour les emporter. Lorsqu'Odin châtie la Valkyrie Brynhild, qui lui a désobéi, en la condamnant à une existence terrestre de femme mortelle, c'est en lui confisquant son manteau de plumes qu'il la prive de sa capacité à rejoindre le monde des dieux.

Valkyrie
Dans le domaine celtique (et en particulier irlandais, puisque c'est en Irlande que la mythologie des peuples celtes se trouve le mieux préservée), les Bansìd (ou "femmes du Sìd", c'est à dire les déesses de l'Autre Monde, domaine peuplé par les morts et les divinités, que les légendes situent sous les tertres ou dans des îles merveilleuses) revêtent volontiers la forme de cygnes pour se rendre d'un monde à l'autre, chose qu'elles font souvent pour entraîner des héros à leur suite dans leurs  domaines, dont il est rarement possible de revenir. Elles aussi ont donc un aspect psychopompe.

Cette faculté à se déplacer entre les mondes nous permet de comprendre comment l'oiseau s'est trouvé rattaché au Chevalier au Cygne. Dès lors que la nef qui, dans le mythe de Scyld Scéfing, se mouvait encore par elle-même, n'a plus paru suffisante pour transporter le héros vers son destin, la faire tirer par un cygne a dû sembler tout naturel, au vu des connotations mythiques que je viens d'évoquer.

Il me reste à évoquer une légende importante : celle des enfants de Lir. Le personnage de Lir compte au nombre des Thuatha dé Danann ou "gens de la tribu de la déesse Dana", c'est à dire les dieux d'Irlande ; son nom est celui de la mer, dont il est pour ainsi dire l'incarnation. Son fils le plus fameux, Manannan Mac Llyr ("Le Mannois fils de Lir"), est un dieu marin, lié à l'île de Man, qui apparaît dans de nombreux récits. Mais Lir a d'autres enfants, au nombre de quatre, dont la destinée est plus sombre : Aedh, Conn, Fiachna et Fionnghuala (trois garçons et une fille). Tous quatre sont changés en cygnes par un maléfice de leur marâtre, Aoife, la seconde épouse de Lir, et condamnés à errer sous cette forme pendant neuf cents ans. L'Irlande ayant été convertie au christianisme par saint Patrick durant cette période, ils retrouvent leur véritable apparence grâce à l'intercession d'un pieux moine et, rattrapés par le temps, ils meurent, mais leurs âmes sauvées s'envolent vers le Paradis.

Les enfants de Lir
Ce dernier récit n'est pas sans évoquer certaines péripéties de la légende du Chevalier au Cygne, mais je ne voudrais pas trop en dire...

dimanche 7 avril 2019

Le Chevalier au Cygne et Beowulf

Dans mon précédent billet, je vous indiquais qu'il existe, dans les sources germaniques et celtiques, des récits qui présentent avec l'histoire du Chevalier au Cygne de frappantes similitudes. Il est temps d'y jeter un coup d’œil. Ce ne sera cependant qu'un survol, car une analyse approfondie de chacun de ces récits réclamerait une étude d'envergure, dépassant de très loin le cadre d'un article de blog.

A ma connaissance, la plus ancienne version identifiable du mythe dont le Chevalier au Cygne est une variante nous est attestée dans le Beowulf, un poème épique anglo-saxon du VIIème siècle. Le héros éponyme de l'oeuvre est un guerrier goth, qui s'illustre dans des combats contre un monstre ogresque, Grendel, et contre un dragon dévastateur qu'il ne terrassera qu'au prix de sa propre vie. Le Beowulf est bien connu des amateurs de l'oeuvre de Tolkien, car Tolkien lui-même l'admirait, a travaillé sur ce texte dans le cadre de ses activités universitaires, et s'en est inspiré dans ses œuvres narratives.

Beowulf et le dragon, par J. R. Skelton

Outre le récit héroïque qui fait l'objet principal du poème, le Beowulf contient des allusions à d'autres légendes, brièvement évoquées, et c'est l'une d'entre elles qui concerne le Chevalier au Cygne. En effet, il est question dans l'épopée d'un héros du nom de Scyld Scéfing, c'est à dire Scyld "à la Gerbe" (quant au prénom de ce héros, il signifie bouclier, écu, et se retrouve dans l'anglais moderne shield). Ce personnage est l'ancêtre mythique d'une dynastie de rois du Danemark, les Scylding ou Skjöldungar, c'est à dire "descendants de Scyld". (Notez que l'on retrouve le suffixe germanique -ing, -ungar, -ungen, qui sert à désigner un lignage, dans le nom de nos propres dynasties royales : Mérovingiens, Carolingiens.)

Le Beowulf rapporte qu'à sa mort, après un long règne prospère et glorieux, le corps de Scyld Scéfing fut placé par ses sujets dans une nef chargée de trésors que l'on confia aux flots, qui l'emportèrent sans que nul ne sût où : on peut y voir un rite funéraire, destiné à assurer le passage du roi dans l'Autre Monde, celui des dieux et des morts, où il pourrait, selon les conceptions religieuses de son peuple, poursuivre son existence en continuant de jouir des richesses mises à sa disposition. 

Cet abandon aux flots serait donc banal, si un autre texte, par le clerc Guillaume de Malmesbury (XIIème siècle) qui se fait ici l'écho de très anciennes traditions, n'apportait pas une précision supplémentaire : si les Danois rendent Scyld à la mer, c'est parce qu'il en est venu. En effet, le héros encore enfant était arrivé chez les Danois mystérieusement, à bord d'une nef sans rames venue accoster d'elle-même sur le rivage de leur terre. Les Danois l'y trouvèrent endormi, une gerbe de blé placée sous sa tête : c'est de là que Scyld tient son nom de "Scéfing", Scyld à la Gerbe, et sans doute faut-il reconnaître en lui un héros civilisateur, dont le rôle fut d'enseigner l'agriculture aux Danois, qui l'avaient choisi pour roi en raison de sa beauté et de ses merveilleux talents.

En somme, l'histoire de Scyld Scéfing, telle que nous pouvons la reconstituer, présente de notables ressemblances avec celle du Chevalier au Cygne : dans les deux récits, un héros aux origines mystérieuses, à bord d'une nef qui n'est mue par aucun moyen humain, et transportant des objets symboliques qui ont valeur de talismans, accoste au rivage d'un pays dont il deviendra le seigneur. Il y exerce une activité bienfaisante, y prend femme et y fonde un lignage dont la destinée sera glorieuse. Puis un beau jour, il repart comme il est venu, par la mer, à bord d'une nef toute semblable à celle qui l'avait amenée, et qui l'emporte on ne sait où... 

Bien sûr, il y a des différences. Ce n'est pas de la même manière que Scyld et Elias se font les bienfaiteurs de leurs peuples respectifs, les objets qu'ils amènent avec eux ne sont pas les mêmes (Elias possède un cor et une épée, Scyld une gerbe de blé) et les circonstances de leur départ sont différentes, puisqu'Elias s'en va bien vivant, alors que Scyld n'est rendu au flot qu'à sa mort (mais c'est une mort en trompe-l’œil, puisque le rite funéraire suppose une forme de survie du roi dans l'Autre Monde). Mais cela ne nous empêche pas de reconnaître en ces récits deux variantes de ce qui est foncièrement un seul et unique mythe.

On pourrait en déduire que l'histoire d'Elias découle de celle de Scyld. Les choses ne sont sans doute pas tout-à-fait aussi simples. Les spécialistes modernes de la mythologie comparée tendent à se méfier des rapports trop directs entre deux récits proches. Autrefois, on établissait volontiers des liens de cause à effet simplistes dans ce domaine (par exemple, l'épisode de la voile noire dans l'histoire de Tristan et Iseult, qui cause la mort de Tristan, viendrait tout simplement de celui de la voile noire du mythe de Thésée, qui cause la mort d'Egée : ce serait une reprise du motif, un plagiat, une copie). Aujourd'hui, on prend davantage en compte le fait que deux récits similaires peuvent descendre d'une origine commune, sans que l'un soit forcément issu de l'autre : c'est la théorie de Georges Dumézil, qui explique volontiers de telles ressemblances par une commune origine indo-européenne des diverses mythologies qu'il étudie.

Mais quoi qu'il en soit, il est certain que l'histoire d'Elias et celle de Scyld Scéfing sont apparentées. Au fond, au-delà des détails mineurs, la seule divergence significatives entre les deux récits, c'est la présence du cygne auprès d'Elias, et son absence dans l'histoire de Scyld.

Le cygne, j'en parlerai justement dans un futur billet...