Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

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samedi 4 juillet 2015

L'héritage des Carolingiens

"Grâce à l'école carolingienne, une partie des textes qui avaient été étudiés dans l'Antiquité est sauvée, une partie, car si nous connaissons près de huit cents noms d'auteurs latins, nous n'avons que cent cinquante œuvres. Les maîtres carolingiens ont fait recopier par les scribes les livres qui leur paraissaient importants pour les classes, ils sont devenus des "classiques" : Virgile, "le père de l'Occident", Horace, Térence, Quintilien, Sénèque, Cicéron, etc. Ainsi sont faits, dès cette époque, des choix d'auteurs, des autorités que tout écolier, tout lettré devaient suivre. Même si une petite partie de l'héritage littéraire romain nous est parvenue ainsi, la dette que l'Occident doit aux lettrés carolingiens est immense. Sur les huit mille manuscrits carolingiens que l'on a dénombrés encore existants, plusieurs milliers concernent les auteurs antiques païens et chrétiens. Sans eux, la culture européenne aurait été tout autre.

Les Carolingiens de la deuxième génération ont été des humanistes. Virgile est admis, comme Cicéron, dans la société des élus. Nous n'avons qu'à reprendre les lettres de Loup de Ferrières pour être convaincus de cette passion des auteurs classiques. Les Carolingiens ont su, selon la belle phrase de Jean Leclercq, "concilier l'amour des lettres et le désir de Dieu".

D'autre part, l'école carolingienne a sauvé la langue latine. Avant le VIIIe siècle, le latin, libéré de la contrainte scolaire, évoluait rapidement sous une forme de latin vulgaire, latin rustique, ce qui deviendra notre langue romane. Le latin disparaissait, les langues nationales le remplaçaient. La Renaissance carolingienne a donné un coup d'arrêt à cette évolution, en obligeant les lettrés à reprendre les leçons des grammairiens romains. Un poète du IXe siècle ne disait-il pas que Charlemagne avait mis autant d'ardeur à supprimer les incorrections des textes qu'à vaincre ses ennemis sur le champ de bataille ? Ainsi, le latin est redevenu un instrument de communication entre les hommes cultivés de l'Occident."

Des nains sur des épaules de géants : Maîtres et élèves au Moyen Âge, Pierre Riché et Jacques Verger, 2006, Taillandier.

2 commentaires:

  1. Pourtant, Bruno Dumézil considère que l'administration carolingienne marque une régression par rapport à celle des Mérovingiens, ce qui je dois avouer m'a laissé dubitatif, mais son dernier opus a jeté un doute dans mon esprit.

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    1. Je n'ai pas d'avis sur la question. Ici, Riché traite de la culture et de sa transmission, aucunement d'administration.

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