Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

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samedi 4 avril 2015

Récits d'amour et de chevalerie

Je reviens d’un voyage de deux semaines durant lesquelles j’avais emporté, pour tuer le temps, un volume dont j’ai récemment fait l’acquisition : Récits d’amour et de chevalerie, dans la très estimable collection Bouquins chez Robert Laffont. Il s’agit d’une anthologie de textes du moyen âge, dont les dates de production vont du XIIe au XVe siècle, réunis et traduits en français modernes par une équipe de médiévistes dirigés par Danielle Régnier-Bohler.

En achetant cet ouvrage, je craignais un peu d’y trouver des textes déjà en ma possession, car je possède un bon nombre de livres et même de recueils d’œuvres du moyen âge, mais il n’en a rien été : on est allé chercher ces textes hors des sentiers battus, ce que je trouve fort louable. Aucun récit tiré de la matière de France, par contre, ce que je trouve d’autant plus dommage que l’illustration de couverture a été empruntée à Renaut de Montauban.


Commençant ma lecture, j’ai bravement sauté les premiers textes proposés, adaptations d’Ovide auxquelles je reviendrai plus tard si le cœur m’en dit, pour m’attaquer à l’Ipomédon de Hue de Rotelande. Il s’agit à mon sens d’un roman de chevalerie un peu banal, un peu ennuyeux, dans un cadre pseudo-antique tellement factice que l’Eneas passerait, à côté, pour un chef d’œuvre de couleur locale et de précision historique. Hue a donné à ses personnages des noms piochés dans les romans antiques, et voilà tout : cela ne l’empêche pas de mettre en scène le roi de France et le duc de Normandie. Pourquoi pas ? Après tout, le Paris du théâtre de Molière est bien peuplé de Dorantes et de Philintes… Mais l’histoire qui se déroule au milieu de cette antiquité en toc n’a pas su exciter beaucoup mon intérêt. J’en retiens une scène de tournoi complaisamment décrite, bien que peut-être plus intéressante comme document historique que par ses mérites littéraires.

Le héros, Ipomédon, est un personnage dont il faut dire deux mots. C’est un excellent chevalier doublé d’un grand chasseur, qui a l’étrange manie de dissimuler ses talents de combattant en usant de toutes sortes de subterfuges, ruses et déguisements : il apparaît donc comme un jeune homme un peu lâche, uniquement adonné aux plaisirs de la chasse, et ce alors même qu’il accomplit de remarquables exploits guerriers. Si Ipomédon avait une raison d’agir ainsi, comme don Diego de la Vega voulant cacher qu’il est Zorro, le récit pourrait y gagner de l’intérêt et le personnage de l’épaisseur. Mais ici, notre héros se complique grandement l’existence sans aucune raison valable, à seule fin de faire rebondir le récit : procédé d’auteur qui achève de me faire bailler. La préface suppose que Hue a voulu écrire un roman burlesque. Je pourrais penser à des qualificatifs moins aimables. Cela dit, un pareil roman m’aurait sans doute charmé lorsque j’avais quinze ans.

Heureusement, c’est avec plaisir que j’ai lu ensuite Floris et Lyriopé, bref conte galant que nous appellerions une nouvelle, et dont l’argument tient tout entier dans une substitution entre deux jumeaux pour faire réussir une entreprise amoureuse. Amusant. Le narrateur cherche à plaquer, au terme de cette histoire polissonne, une morale fort  peu convaincante, et fort peu en rapport avec le contenu du récit. Ironie de sa part ? Respect un peu balourd d’une convention littéraire de l’ « exemple » ? Je ne saurais trancher.

J’ai lu ensuite Joufroi de Poitiers, roman de chevalerie plutôt drôle qui nous propose de suivre les aventures d’un jeune comte, comme de juste admirable chevalier, mais d’amoureuse complexion et assez volage. Il vagabonde entre l’Angleterre et la France, en quête d’occasions de montrer sa prouesse et de bonnes fortunes : il trouvera les deux. Le récit est semé d’aimables grivoiseries et de beaux coups d’épées, et les caractères des principaux personnages y sont dessinés avec un certain relief, ce qui ne les empêche pas d’être assez creux. Joufroi est un petit con sympathique, qui n’aspire qu’à mener une vie brillante en manifestant des vertus chevaleresques assez superficielles ; toujours les poches percées, il se procure l’argent nécessaire pour mener grand train au moyen d’expédients que Dumas eût pu prêter à ses mousquetaires, et qui peuvent faire sourire. Joufroi de Poitiers est une sorte de roman de cape et d’épée avant la lettre, somme toute plaisant mais pas marquant : je l’aurai entièrement oublié dans trois jours.

Jusqu’ici, on ne peut donc pas dire que les œuvres de ce recueil aient suscité en moi un immense enthousiasme, mais les choses pourraient bien changer avec Durmart le Gallois, roman arthurien dont je viens de commencer la lecture et que je trouve fort attrayant. Je vous en dirai plus après l’avoir terminé.

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