Charlemagne affrontant le Paganisme

Charlemagne affrontant le Paganisme

jeudi 5 mars 2015

Tremblez, coquins, l'heure du châtiment sonne !

Je ne pouvais pas refermer cette parenthèse hugolienne sans vous laisser un morceau d'"Eviradnus".

"Tous deux semblent changés en deux spectres de pierre ;
Car tous deux peuvent voir, là, sous un cintre obscur,
Un des grands chevaliers rangés le long du mur
Qui se lève et descend de cheval ; ce fantôme,
Tranquille sous le masque horrible de son heaume,
Vient vers eux, et son pas fait trembler le plancher :
On croit entendre un dieu de l’abîme marcher ;
Entre eux et l’oubliette, il vient barrer l’espace,
Et dit, le glaive haut et la visière basse,
D’une voix sépulcrale et lente comme un glas :
« Arrête, Sigismond ! Arrête, Ladislas ! »
Tous deux laissent tomber la marquise, de sorte
Qu’elle gît à leurs pieds et paraît une morte.

La voix de fer parlant sous le grillage noir
Reprend, pendant que Joss blêmit, lugubre à voir,
Et que Zéno chancelle ainsi qu’un mât qui sombre :

« Hommes qui m’écoutez, il est un pacte sombre
Dont tout l’univers parle et que vous connaissez ;
Le voici : « Moi, Satan, dieu des cieux éclipsés,
» Roi des jours ténébreux, prince des vents contraires,
» Je contracte alliance avec mes deux bons frères,
» L’empereur Sigismond et le roi Ladislas ;
» Sans jamais m’absenter ni dire : Je suis las,
» Je les protégerai dans toute conjoncture ;
» De plus, je cède, en libre et pleine investiture,
» Étant seigneur de l’onde et souverain du mont,
» La mer à Ladislas, la terre à Sigismond,
» À la condition que, si je le réclame,
» Le roi m’offre sa tête et l’empereur son âme. »

— Serait-ce lui ? dit Joss. Spectre aux yeux fulgurants,
Es-tu Satan ?

                    — Je suis plus et moins. Je ne prends
Que vos têtes, ô rois des crimes et des trames,
Laissant sous l’ongle noir se débattre vos âmes. »

Ils se regardent, fous, brisés, courbant le front,
Et Zéno dit à Joss : « Hein ! qu’est-ce que c’est donc ? »

Joss bégaye : « Oui, la nuit nous tient. Pas de refuge.
De quelle part viens-tu ? Qu’es-tu, spectre ?

                                                                       — Le juge."

Et je vous laisse le soin d'aller lire le reste si le cœur vous en dit. Vous verrez que c'est une histoire qui finit bien, et je ne boude pas mon plaisir car, ainsi que le dit toujours le bon Aristide : « Les hommes, fripons en détail, sont en gros de très honnêtes gens ; ils aiment la morale, et, si je ne traitais pas un sujet si grave, je dirais que cela se voit admirablement bien sur les théâtres : on est sûr de plaire par les sentiments que la morale avoue, et on est sûr de le choquer par ceux qu’elle réprouve. »


5 commentaires:

  1. Rendons à Montesquieu ce qui appartient à Montesquieu, voulez-vous? :-)

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    1. Ce n'est pas de vous ? Me voilà tout tourneboulé !

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  2. Je ne passe pas souvent, mais chaque fois que je passe, c'est toujours avec plaisir que je lis vos post!

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