Charlemagne affrontant le Paganisme

Charlemagne affrontant le Paganisme

dimanche 11 janvier 2015

Isidore et Baratron

Les fêtes sont passées : il est temps de nous remettre au travail.

Dans un article portant sur les différents dieux des sarrasins, j'avais cité sans m'y attarder le nom de Baratron, l'un de ces dieux fictifs des païens de chansons de geste. A l'époque, j'ignorais d'où pouvait venir ce nom. Je viens récemment de le découvrir, dans l'oeuvre d'Isidore de Séville.

Peut-être n'est-il pas inutile de vous présenter brièvement ce personnage. Isidore fut évêque de Séville au VIIème siècle. C'était aussi un homme d'une vaste érudition pour son époque, qui a laissé une oeuvre écrite importante, et notamment des Etymologies qui nous paraissent aujourd'hui fantaisistes, mais par l'intermédiaire desquelles une part de la culture antique a été transmise au Moyen-Âge. Il est aussi le saint patron de l'informatique et d'internet, et donc de nous autres internautes. Qu'il nous tienne donc en sa sainte garde et nous préserve de la tentation de fréquenter des sites déshonnêtes.



J'avoue à ma honte que, jusqu'à ces derniers temps, je ne me suis jamais beaucoup intéressé à l'oeuvre d'Isidore de Séville. Je m'aperçois que c'est un tort, de la part d'un homme qui se pique de connaître un peu les chansons de geste, car ses Etymologies doivent renfermer l'explication d'un certain nombre de noms curieux et de réminiscences classiques que l'on trouve dans nos épopées (ce qui prouve d'ailleurs, s'il en était besoin, que nos chansons ne sont pas uniquement l'oeuvre de pauvres hères illettrés : la culture savante et cléricale y a laissé sa marque, même si l'on y trouve aussi des traces d'influence populaire).

Voici en tout cas les origines du mystérieux dieu Baratron :

"BARATHRUM ("gouffre") est un nom pour une très grande profondeur. On dit barathrum comme si l'on disait uorago atra ("gouffre noir"), à savoir de sa profondeur."

Isidorus Hispalensis, Etymologiae, traduction par Olga Spevak,  les Belles Lettres, 2011.

Ce passage se trouve dans le chapitre qu'Isidore consacre aux lieux souterrains, et précède ceux qui portent sur l'Erèbe, le Cocyte et le Tartare, lieux infernaux hérités de la mythologie antique. On conçoit facilement qu'un nom évoquant un gouffre infernal ait pu devenir celui d'un dieu sarrasin, puisque ces derniers sont des démons.

Je ne serais pas surpris de découvrir, chez le même auteur, l'origine de quelques autres noms de dieux païens, de pays imaginaires et de peuplades épiques. Mais ce qui est peut-être plus intéressant encore, c'est qu'Isidore a consacré le onzième livre de ses Etymologies aux hommes et aux monstres : il y décrit un certain nombre de créatures monstrueuses connues de la littérature antique (notamment de Pline l'Ancien, mais Pline avait de nombreuses sources), des créatures dont se souviennent les chansons de geste, qui les placent volontiers dans les rangs des sarrasins.

Je consacrerai donc mes prochains billets à une sorte de bestiaire épique illustré, dans lequel nous verrons quelques peuplades fabuleuses, ce qu'elles doivent à l'antiquité, et ce que nos chansons en ont fait.

3 commentaires:

  1. Merci de rappeler l'importance de ce bon Isidore!

    RépondreSupprimer
  2. Petite visite de courtoisie, votre blog est très sympa et il change les idées.
    Ce qui ne gâte rien, on y apprend des choses d'autant que le Moyen âge, notamment le haut, est une mine de curiosités qu'on a peine à imaginer si l'on n'y fourre pas un peu son nez.
    Comme Saint Isidore dont vous m'apprenez qu'il est en quelque sorte notre saint patron.Mais dites moi, il n'a pas eu grand chose à foutre ce saint là pendant les quatorze siècles qui ont précédé le déferlement de l'informatique et d'Internet sur l'Humanité souffrante. Le réveil a dû se révéler pénible pour un homme de son âge!
    Amitiés.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme il doit envier saint René d'Angers et sainte Yuna, patrons des sabotiers, qui sont en congé sabbatique !

      Supprimer