Charlemagne affrontant le Paganisme

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dimanche 5 octobre 2014

Renaut de Montauban, ou les Quatre fils Aymon

Renaut de Montauban est une chanson de geste dont la plus ancienne version date de la fin du XIIème siècle, mais qui a connu de multiple remaniements et réécritures, en vers puis en prose, jusqu'au XIXème. Ses ultimes avatars, passés dans la Bibliothèque bleue, lui donnent le titre des Quatre fils Aymon. Plusieurs épisodes de la chanson prennent place dans la forêt d'Ardenne, et la légende a gardé, dans les Ardennes, une certaine popularité du fait de son ancrage local.

Monument des Quatre fils Aymon à Bogny-sur-Meuse

Thématiquement et généalogiquement, Renaut de Montauban appartient au groupe de chansons que l'on appelle la Geste des Barons révoltés. Renaut et ses trois frères sont les cousins d'Ogier le Danois, autre rebelle célèbre, et appartiennent à un lignage dont les membres sont souvent en butte à l'hostilité royale.

Ce sort sera également le leur. Un jour, à la cour de Charlemagne, Renaut se prend de querelle, lors d'une partie d'échecs, avec Bertholay, l'arrogant neveu du roi. Sans que le fils d'Aymon ne soit vraiment dans son tort, la dispute s'envenime, et l'honneur familial est en jeu. Renaut tue Bertholay.


Ce meurtre sera la cause d'une interminable guerre entre l'empereur, désireux de venger son neveu, et les quatre frères, traqués en Gascogne, sur les domaines du roi Yon, puis en Ardenne, au fil de péripéties palpitantes et alertement contées qui font de cette épopée un vrai roman d'aventure. 

C'est sans doute à ces aspects attrayants, quoi qu'un peu superficiels, que les Quatre fils Aymon doivent leur popularité persistante, même dans des proses qui ne conservent rien de la beauté formelle des plus anciens poèmes. On se souvient des bons tours que le rusé enchanteur Maugis, chevalier voleur et magicien allié des fils d'Aymon, joue à Charlemagne. On se rappelle aussi, parfois, de Bayard, le cheval-fée de Renaut, destrier inépuisable, rapide comme le vent et doué d'intelligence, capable de supporter les quatre frères sur son échine.


En revanche, on oublie trop ce que cette noble épopée a de gravité et de profondeur. Renaut de Montauban lutte à contrecoeur. Jamais il n'oublie qu'il est le vassal de Charles, qu'un féal ne doit pas guerroyer son seigneur, et qu'il n'a pas le droit de lever l'épée sur la tête sacrée du roi. A de multiples reprises, il propose la paix, veut faire sa soumission, offre de faire pénitence, de partir seul en Terre sainte, comme un humble pèlerin. Vainqueur par les armes, Renaut, dans de nombreuses scènes d'une beauté poignante, tombe à genoux devant le souverain qu'il a vaincu et que pourtant il révère.

Longtemps, Charles refuse. Ce n'est plus le sage empereur de la Chanson de Roland, mais un homme brutal, emporté, obstiné, qu'abusent des conseillers perfides. En vain le sage duc Naimes tente-t-il de le ramener à la raison : Ganelon le traître, l'ennemi juré des quatre frères, est toujours là pour susurrer ses mensonges à l'oreille du souverain. Et Charlemagne s'entête, et la guerre continue.

Même Roland le preux, Roland le fidèle, d'abord bien résolu à triompher des ennemis de son oncle, finit par se prendre d'estime et d'amitié pour ce Renaut qui montre, en toutes circonstances, les plus hautes qualités chevaleresque. Les deux camps sont remplis d'ennemis qui s'aiment et s'affrontent à regret. Mais que faire d'autre ? Même aveuglé, le roi reste le roi, et c'est pourquoi les quatre fils Aymon ne sont pas tout à fait du côté du bon droit : on n'est jamais dans son droit quand on combat son seigneur.

Ce n'est pas que l'épopée prône ce brouillage des repères moraux qui fait nos délices à nous autres post-modernes. Le bien et le mal y sont parfaitement clairs, et reconnus par tous pour tels. Il se trouve simplement qu'aucun des protagonistes n'est en mesure d'incarner l'un ou l'autre, du moins jusqu'à ce que le conflit se dénoue, permettant le début de l'expiation. Alors Dieu, qui ne pouvait qu'envelopper les deux partis du même regard de réprobation, pardonne enfin, et Renaut s'engage sur le chemin de pénitence qui fera de lui saint Renaut.

2 commentaires:

  1. Je ne les imaginais pas comme les a représentés le sculpteur mais plutôt comme de jeunes gens tout juste sortis de l'adolescence.

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    1. C'est ce qu'ils sont au début du récit, mais l'histoire s'étend sur plus de vingt ans. A la fin, Renaut a des fils adultes, déjà adoubés chevaliers.

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