Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

mardi 15 juillet 2014

Turoldus vindicatus 11 : la deuxième bataille

"Dans cette seconde bataille (v. 1449-l660), il ne sera plus question de vaincre. Elle s'ouvre, comme la première, par un discours de Turpin, mais combien différent de l'autre ! Car Turpin n'exhorte plus les barons à bien mourir, s'il le faut : il constate seulement qu'il ne leur reste qu'à bien mourir :

1518 « Asez est mielz que moerium cumbatant.
Pramis nus est lin prendrum aïtant:
Litre eest jurn ne serum plus vivant.
Mais d'une chose vos sui je ben guarant :
Saint Pareïs vos est abandunant ;
As Innocenz vos en serez seant. »

Ils se savent désormais des martyrs ; mais, dit le poète, leur allégresse de se battre s'en accroît :

1524 A icest mot si s'esbaldissent Franc ;
Cel nen i ad Munjoie ne demant.

Tandis que dans la première bataille chaque laisse amenait la mort d'un pair païen, dans la seconde, des combats, narrés de même en laisses symétriques, s'achèvent chacun par la mort d'un pair chrétien. Roland voit tomber tour à tour Engelier de Gascogne, Samson, Anseïs, Gerin et Gerier, Berengier... Lui qui peut sauver encore le reste de la noble « maisniee », est-il donc entendu qu'il ne veut pas ? Ou bien en serait-il resté, lui seul, à espérer la victoire ? Serait-il seul à ne pas comprendre ?

Non : lui aussi, il sait désormais, il voit. Cherchez en effet dans tout ce récit de la seconde bataille le propos qu'il répétait si souvent dans la première, qu'il était sûr de vaincre, vous ne l'y retrouverez pas. Il parle plusieurs fois dans la mêlée, et c'est pour répéter les mêmes arguments qu'il employait au début :

1466 « Male chançun n'en deit estre cantée... »

1560 « Fur itels colps nos ad Charles plus chiers... »

1592 « Devers vos est li orguilz et li torz... »

Il les répète tous, sauf celui qui au début les justifiait : la promesse de la victoire. Il voit donc, maintenant, à son tour, aussi clair qu'Olivier. Il n'est plus aveuglé : serait-il insensible ?"

Joseph Bédier, Les Légendes épiques, 1912.

2 commentaires:

  1. Un point d'interrogation qui laisse le lecteur sur sa faim.
    La suite!

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