Charlemagne affrontant le Paganisme

Charlemagne affrontant le Paganisme

mardi 22 avril 2014

Le costume des Francs

"Les ornements des anciens Francs, quand ils se paraient, étaient des brodequins dorés par dehors, arrangés avec des courroies longues de trois coudées des bandelettes de plusieurs morceaux qui couvraient les jambes par-dessous des chaussettes ou haut-de-chausses de lin d'une même couleur, mais d'un travail précieux et varié ; par-dessus ces dernières et les bandelettes, de très-longues courroies étaient serrées en dedans et en forme de croix, tant par devant que par derrière ; enfin, venait une chemise d'une toile très-fine ; de plus, un baudrier soutenait une épée, et celle-ci, bien enveloppée, premièrement, par un fourreau, secondement, par une courroie quelconque, troisièmement, par une toile très-blanche et rendue plus forte avec de la cire très-brillante, était encore endurcie vers le milieu par de petites croix saillantes, afin de donner plus sûrement la mort aux Gentils. 

Le vêtement que les Francs mettaient en dernier par-dessus tous les autres, était un manteau blanc ou bleu de saphir, à quatre coins, double, et tellement taillé que, quand on le mettait sur ses épaules il tombait par devant et par derrière jusqu'aux pieds, tandis que des côtés il venait à peine aux genoux. Dans la main droite se portait un bâton de pommier, remarquable par des noeuds symétriques, droit, terrible, avec une pomme d'or ou d'argent, enrichie de belles ciselures. 

Pour moi naturellement paresseux, et plus lent qu'une tortue, comme je ne venais jamais en France, ce fut dans le monastère de Saint-Gall que je vis le chef des Francs revêtu de cet habit éclatant. Deux rameaux de fleurs d'or partaient de ses cuisses ; le premier égalait en hauteur celle du héros, le second croissant peu à peu décorait glorieusement le sommet du tronc, et s'élevant au dessus le couvrait tout entier.

Mais, lorsque cédant au penchant de l'esprit humain, quand les Francs qui vivaient au milieu des Gaulois, virent ceux-ci revêtus de saies brillantes et de diverses couleurs, épris de l'amour de la nouveauté, ils quittèrent leur vêtement habituel et commencèrent à prendre celui de ces peuples. Le sévère empereur, qui trouvait ce dernier habit plus commode pour la guerre, ne s'opposa point à ce changement.

Cependant dès qu'il vit les Frisons, abusant de cette facilité, vendre ces petits manteaux écourtés aussi cher qu'autrefois on vendait les grands, il ordonna de ne leur acheter, au prix ordinaire, que de très longs et larges manteaux. 

« A quoi peuvent servir, disait-il, ces petits manteaux ? Au lit je ne puis m'en couvrir, à cheval, ils ne me défendent ni de la pluie ni du vent, et quand je satisfais aux besoins de la nature, j'ai les jambes gelées. »

Collection des mémoires relatifs à l'Histoire de France, "Faits et gestes de Charles-le-Grand, roi des Francs et empereur, par un moine de Saint-Gall", M. Guizot, Paris, 1824

4 commentaires:

  1. On sent l'influence du blog "Fils de pute de la mode" mais le sujet est intéressant.

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    1. Ce blog n'est pas la plus belle trouvaille que nous aie proposée Didier.

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  2. Quel homme ce Charlemagne : Il avait même des opinions sur la mode vestimentaire!
    Blague dans le groin toutes ces anecdotes, fort intéressantes par ailleurs, me rappellent beaucoup ce que l'on peut trouver chez Plutarque. Notre bon moine de Saint Gall l'aurait-il lu?

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    1. C'est fort possible, mais je ne saurais l'affirmer.

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