Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

lundi 10 février 2014

La Geste des Barons révoltés (2/3)

"Renaud, qui soupçonne son seigneur Yon de vouloir l'envoyer, lui et ses frères, à un guet-apens, où ils risquent de périr, a-t-il le droit d'avertir ses frères de son soupçon? 

Jusqu'où va, pour Turpin, le devoir de combattre l'ennemi de Charlemagne, Ogier ? Ogier est le parent et le compagnon de Turpin : si Turpin trouve Ogier endormi et désarmé, est-il tenu de le livrer au roi ? 

Un moment ne viendra-t-il pas où l'écuyer Bernier pourra légitimement cesser de suivre Raoul de Cambrai dans une guerre qu'il sait injuste? Il est le « nourri » de Raoul, il a reçu de lui de grands bienfaits; il l'aime. Mais Raoul court de crime en crime ; il vient d'attaquer et de brûler le bourg d'Origny, et l'abbesse du lieu, la propre mère de Bernier, a péri dans l'incendie ; Bernier n'est-il pas libre désormais? Cependant il dompte encore sa colère et sa douleur et comme, après le combat, son seigneur forcené demande du vin, qu'il boira à la ruine de ses ennemis, Bernier s'agenouille dans l'herbe et lui tend la coupe ; il guette, le redoutant et le désirant à la fois, un nouvel outrage, qui peut-être l'affranchira. 

Nos trouvères se sont ingéniés à poser de tels cas de conscience, souvent subtils, à les faire jaillir des situations, en casuistes, en juristes qui seraient bons dramaturges. Que l'on est loin des passions uniformes, collectives, des caractères typiques que peignaient les poètes de la Geste du roi ! Ce sont ici les drames intimes, particuliers, de la conscience individuelle. Et ces romans, pourtant pleins de violence, servent surtout, — c'est leur grand caractère, — à mettre en relief la plus belle vertu du moyen âge, celle qui avait noué les mailles du tissu féodal, la religion de la foi donnée ou reçue."

Histoire des lettres, Joseph Bédier, 1929.

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