Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

samedi 1 février 2014

Bertrand du Glay-Aquin (1/3)

"La légende même du roi Aquin se lie intimement à la glorieuse histoire de Bertrand du Guesclin. Nous faisons allusion à un passage de Froissart, qui ajoute beaucoup à l'importance relative de cette chanson et lui donne un intérêt inattendu.

Froissart nous raconte que, chevauchant entre Angers et Tours, vers l'année 1390, il rencontra un chevalier de Bretagne appelé Guillaume d'Ancenis, avec lequel il se prit à converser. L'entretien tomba sur du Guesclin. Au milieu des éloges et des regrets associés à sa mémoire, Guillaume d'Ancenis, qui était parent ou allié de la famille de du Guesclin, ne put s’empêcher de relever en souriant la façon singulière dont Froissart prononçait le nom du bon connétable. Celui-ci disait, selon l'usage du temps, Claiequin. Or le seigneur de la maison d'Ancenis connaissait par ses souvenirs de famille la bonne forme du nom, sa véritable étymologie reposant sur une histoire merveilleuse. [...]

"Lors commença messire Guillemme d'Anssennis à faire son compte :

"Au temps que le grant Charles de France régnoit, qui fut si grant conquéreur et qui tant augmenta la sainte chrestienté et la noble couronne de France, et fut empereur de Rome, roi de France et d'Allemaigne, et gist à Aix-la-Chapelle, ce roy Charles, si comme on lit et treuve ès croniques et gestes anchiennes, fut en Espaigne par plusieurs fois, et plus y demoura une fois que autres. Une fois entre les autres saisons, il y demoura noeuf ans, sans partir ne retourner en France, mais toujours conquéroit avant sur les ennemis de la foy.

En ce temps avoit un roy fort puissant, Sarrasin, qui s'appeloit Aquin, lequel roy estoit de Bougie et de Barbarie à l'opposite d'Espaigne et des circonstances, car Espaigne mouvant des Pors, est grande à merveilles... et jadis conquist le grant roy Charlemaine toutes icelles terres et royaulmes.

En ce séjour que il y fist, le roy Aquin, qui roy estoit de Bougie et de Barbarie, assambla ses gens en grand nombre, et s'en vint par mer en Bretaigne et arriva au port de Vennes, et avait emmené sa femme et ses enffans, et se amassa là entour au pays, et ses gens aussi s'y ammassèrent en conquérant tousjours avant. Bien estoit le roy Charlemaine infourmé de l'entreprinse, mais il ne vouloit pas pour tant rompre ne defaire son voiage d'Espaigne ne son emprinse. Et disoit :

"Laissiés-le amasser et s'enarroyer en Bretaigne, ce nous sera ung petit de choses à délivrer le pays de lui et de ses gens, après que nous aurons acquittié les terres de deçà les mons et tout réduit à la foy crestienne."

Le roman d'Aquin ou la conqueste de la Bretaigne par le roy Charlemaigne, chanson de geste du XIIe siècle publiée par F. Joüon des Longrais, Nantes, Société des bibliophiles bretons et de l'histoire de Bretagne, 1880.

A suivre...

2 commentaires:

  1. Enfin, Matière de France est revenu, et nous instruit toujours de son intelligente érudition.
    Encore!

    RépondreSupprimer