Charlemagne affrontant le Paganisme

Charlemagne affrontant le Paganisme

mercredi 14 août 2013

Sur les routes de pèlerinage

Si nous voulons comprendre l'histoire de nos traditions épiques après le moyen-âge, il est nécessaire de revenir en arrière, et de faire un détour par l'Italie.

Très tôt, nos chansons de geste semblent avoir connu en Italie une diffusion et une popularité considérable. La chose n'a d'ailleurs rien de très surprenant. Joseph Bédier a démontré dès le début du siècle dernier, dans ses Légendes épiques,  que chansons de geste et routes de pèlerinage vont ensemble comme pain et fromage. Les pèlerins constituaient pour les jongleurs et ménestrels une clientèle inépuisable, et les sanctuaires jalonnant les itinéraires desdits pèlerins encourageaient la diffusion d'épopées célébrant les saints héros dont ils détenaient les reliques. 

De nombreuses chansons de geste portent la trace de cette réalité qui a conditionné leur formation. Dans nos épopées, il n'est pas rare de voir les héros parcourir les routes des pèlerins, y livrer d'importantes batailles et se faire enterrer dans les églises et les monastères qui constituaient des étapes pieuses. Le souvenir de beaucoup de nos héros épiques les plus importants est d'ailleurs associé à certains sanctuaire précis : Guillaume d'Orange à Saint-Guilhem-le-Désert, Roland à Saint-Sernin de Bordeaux, Ogier le Danois à Saint-Faron de Meaux, Richard de Normandie à la Trinité de Fécamp... 

Quant à la mémoire de Charlemagne, étroitement liée à l'oriflamme de France et aux reliques de la Passion, elle hante les abords de l'abbaye de Saint-Denis plus encore que ceux d'Aix-la-Chapelle. On estime que certaines chansons de geste, notamment Fierabras et le Pèlerinage de Charles, émanent tout particulièrement de Saint-Denis.

D'une manière générale, ce sont les chemins de Compostelle qui sont les plus concernés par les chansons de geste. Ils en sont même un enjeu majeur : n'oublions pas que c'est à la demande de saint Jacques lui-même, et pour en libérer le tombeau des Sarrasins, que Charlemagne entreprend les guerres d'Espagne dont la Chanson de Roland narre le dénouement.

Pourtant, d'autres itinéraires de pèlerinage, et notamment celui de Saint-Pierre de Rome, très important, ont laissé leurs traces dans nos chansons de geste. Il n'est pas rare d'y voir Charlemagne passer les monts, à la tête de son ost, pour se porter au secours de la papauté menacée, comme dans La Chevalerie Ogier de Danemarche. De bonne heure, sans doute, des jongleurs français, accompagnant le mouvement des pèlerins, sont venus fréquenter ces chemins et y déclamer leurs épopées. Tout porte à croire qu'elles y furent bien accueillies, les Italiens se réjouissant de voir leur pays pris pour théâtre d'exploits héroïques.

Mais nous nous pencherons sur tout cela dans un prochain billet.

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