dimanche 4 août 2013

Justice pour l'hippopotame !

Non, Monsieur Goux, non ! L'hippopotame n'est pas cette infortunée créature abandonnée de Dieu que vous nous décrivez ! J'en veux pour preuve que nos ancêtres du moyen âge, qui savaient sonder les choses en allant plus loin que les réalités immédiatement perceptibles, voyaient dans l'hippopotame un animal céleste et presque angélique, comme le démontre l'hippopotame ailé de la cathédrale de Laon :



Quant au nom disgracieux dont est affublée la pauvre bête, il n'a pas toujours été le sien : Brunetto Latini, écrivant au XIIIème siècle, l'appelait élégamment l'Ypotame. J'ignore qui a eu l'idée de doubler la syllabe "-po", mais je soupçonne les Renaissants, qui furent gens malfaisants et ne respectaient rien.

Plus sérieusement, les hommes du moyen âge avaient l'habitude de chercher aux animaux un sens symbolique. C'est tout l'objet des bestiaires, des livres à prétentions encyclopédiques ou la licorne et le dragon côtoient le chien et le coq. Malheureusement, le seul que j'ai sous la main (la section du Livre du Trésor de Brunetto Latini qui traite d'animaux) est purement descriptif, et non interprétatif. Voici comment il décrit "De Ypotame" :

"Ypotame est uns peissons qui est apelez cheval fluviel, porce que il naist el flun de Nile ; et ses dos et ses crins et sa voiz est aussi comme de cheval. Si ongle sont fendu comme de buef, et a denz de sanglier, et la coe retorte, et manjue blés de champ, où il va à reculons por les agaiz des homes. Quant il manjue trop, et il aperçoit qu'il effondre par son mangier, il va par sus les canes novellement taillées, tant que li sans ist de ses piez à grant foison ; et par tel maistrie garit il de sa maladie."

L'hippopotame est donc un poisson à corps de cheval, à dents de sanglier et à pieds de boeuf, qui naît dans le Nil, marche à reculons pour aller manger du blé dans les champs et se fait saigner les pattes pour se purger quant il a trop mangé. Finalement, Didier, vous aviez raison : je ne vois vraiment pas ce qui peut justifier l'existence d'un machin pareil !

Pour une signification symbolique de l'hippopotame, je n'ai encore rien trouvé, mais je vous tiendrai au courant.

7 commentaires:

  1. Mais il avait fumé quoi, votre Brunetto, la fois où on l'a mis en présence de son Ypotame ?

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    1. La même chose que quand on l'avait mis en présence du dragon (dont il parle aussi) ou encore de l'"Ybes", c'est à dire l'ibis, dont il fait l'inventeur du clystère :

      "Et quant eles sentent aucunes maladies ou troblement de lor ventre, por les males viandes que eles manjuent, maintenant s'en vont à la mer, et engorgent de cele aigue à grant foison, puis metent lor bec parmi la derraine part, et versent l'aigue dedanz lors cors, et font espurgier lor boiaus de toutes ordures."

      Donc, ils boivent une grande quantité d'eau de mer, et se l'injectent dans la "derraine part" (c'est joliment dit) au moyen de leur bec.

      Les bestiaires médiévaux, ce sont souvent des moments de franche rigolade.

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  2. Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que les gargouilles de Laon sont plus authentiques que celles de Notre-Dame (de Paris) entièrement inventées par Viollet-Leduc ?

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    1. Bonjour,
      Il me semble qu'il y a confusion entre les chimeres et les gargouilles. Les premières ont été crées par Viollet-Leduc par contre les gargouilles lui sont bien antérieures.
      Nicolas

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  3. La représentation de l’hippopotame y est fidèle à une réalité que les gens du Moyen-Âge ignoraient...

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    1. Vous n'avez pas tort. Il ne m'était pas venu à l'esprit qu'il s'agissait d'une restauration tardive, mais, à y bien réfléchir, c'est vrai que cette sculpture est étrangement réaliste pour l'époque. Comme quoi, j'aurais mieux de me renseigner avec d'écrire.

      Bah, je laisse quand même l'image, pour rigoler. De toute façon, c'était un billet-blague, alors...

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  4. Le duc qui viole l' aristocratie, allez à Pierrefonds, c' est La Madeleine des Grecs, en effet notre cheval de la rivière ne manque pas de la noblesse des dignes créatures de l' Arche.

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