Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

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jeudi 29 août 2013

Faut-il manger les Syriens ?

Dans un précédent billet, nous avons vu qu'il arrivait, lors de la Première Croisade, que les Syriens, se prévalant de leur qualité de chrétiens pour se faire admettre, se mêlassent à l'ost des Croisés afin de l'espionner. Heureusement, l'un des barons francs, personnage matois et madré, avait trouvé la parade à des infiltrations de ce genre. Il s'agissait de ce diable de Bohémond de Tarente, qui conjuguait rouerie normande et fourberie sicilienne.

Laissons René Grousset nous raconter l'épisode, qui prend place durant le siège d'Antioche.

"Des espions musulmans, déguisés en Arméniens, infestaient l'armée franque. On ne savait comment s'en débarrasser. Bohémond s'en chargea. Un soir, à l'heure du dîner, il pria ses cuisiniers de lui accommoder pour sa table un lot de prisonniers turcs. "On leur coupa la gueule, dit le chroniqueur, on les embrocha et on se prépara à les faire rôtir." A qui l'interrogeait sur ces étranges préparatifs, Bohémond, le plus naturellement du monde, répondit qu'on améliorait l'ordinaire de l'état-major en mettant les espions à la broche. Tout le camp accourut pour s'assurer du fait. Rien de plus exact : les Turcs, dûment lardés, cuisaient à grand feu. Le lendemain tous les espions, horrifiés, avaient disparu sans demander leur reste."

L'épopée des Croisades, René Grousset, Perrin, 1995.

L'anecdote figure dans la Chanson d'Antioche, une chanson de geste du cycle de la Croisade. En la lisant pour la première fois, j'ai cru qu'il s'agissait d'une de ces outrances épiques, de ces plaisanteries héneaurmes qu'affectionnaient les gesteurs et leur public. Mais non : des chroniqueurs tout-à-fait sérieux rapportent également la chose.

Sous un autre billet, l'ami Aristide remarquait que tout est dans les chansons de geste, même la recette du far au pruneau. Le far au pruneau, je n'en suis pas certain, mais on y trouve tout de même la recette du Turc au lard, plat plus original.

8 commentaires:

  1. Ce brave membre de la famille de Hauteville était, nous le voyons, roué. S'il doit cela à ses ascendances normandes, je vais finir par me méfier de mes voisins. De Horsain à Turc il n'y a qu'un pas que je n'aimerais pas les voir franchir.

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    1. Vous n'avez pas de souci à vous faire. Le Normand se souvient des bienfaits reçus, et vos voisins vous portent certainement une gratitude éternelle après le Don de la Tôle.

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  2. Barder un Turc de porc, c'est tout de même d'un sadisme rare !

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    1. Vous avez raison. Passe encore de manger un Turc, mais le manger avec du lard ? Voilà qui va trop loin !

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  3. Et comme légumes pour accompagner, que conseillent les chroniqueurs (sans oublier le vin, bien sûr)?

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    1. Hélas, pas grand chose. J'ai l'impression qu'il manquait de maraîchers proposant des produits frais durant la 1ère Croisade.

      Ce qui est très regrettable, car chacun sait qu'il faut manger au moins cinq fruits et légumes chaque jour.

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    2. Quelques galettes de sarrasin, à défaut?

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    3. ça, on trouvait toujours...

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