Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

mardi 2 juillet 2013

La Foi et la Raison chez les Chrétiens

"[Le succès des Sarrasins] est d'avance déterminé par la supériorité de leurs forces et il donnera un démenti à la foi chrétienne. Cette démarche de la pensée est systématiquement opposée à celle de Charlemagne lorsque, malgré la supériorité écrasante des forces de l'ennemi, il prétend qu'il vaincra parce que sa cause est juste.

(Rol. 3338) Tute lor leis un dener ne lur valt
S'il unt grant gent d'iço, seigneurs, qui calt ?

[TraductionDuMat : Toute leur religion ne leur profite pas pour la valeur d'un denier. S'ils ont beaucoup d'hommes, seigneurs, qui s'en soucie ?]

Nous ne sommes plus ici dans le domaine de la réalité physique. A l'égard des lois qui la régissent, l'empereur montre la plus superbe indifférence. Il nie qu'il puisse exister une relation de cause à effet entre la supériorité matérielle d'une armée et le succès qu'elle obtient. Au contraire, il affirme un rapport de cause à effet entre l'erreur religieuse où vivent les Sarrasins et l'échec auquel ils sont destinés. Pour encourager ses chevaliers, Charlemagne ne les invite nullement à se compter et à dénombrer l'ennemi ; il lui suffit de rappeler qu'il a pour lui le droit [...]

L'attitude de Charlemagne n'a rien qui doive nous étonner ; elle s'explique par la foi, générale aux XIème et XIIème siècles, en la justice immanente ; elle participe de la pensée commune de l'époque. Le mépris de Charlemagne pour la supériorité des ennemis répond à l'indifférence que les hommes du Moyen Âge manifestent à l'égard des causes techniques (armement, tactique...) pour expliquer une défaite ou un succès.

Mais il est très intéressant de voir que le poète de la Chanson de Roland a voulu opposer nettement le mysticisme chrétien à un calcul qui, ne s'appuyant que sur des causes visibles, se révèle fondamentalement erroné."

Les Musulmans dans les Chansons de Geste du Cycle du Roi, Paul Blancourt, Université de Provence, 1982.

2 commentaires:

  1. Et c' est ainsi que la fiction rejoint bien souvent la réalité.La Bible cette autre épopée, avec l' histoire de David et Goliath donne raison à Charlemagne...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les gesteurs utilisent d'ailleurs très consciemment la tradition du Goliath biblique. Ils ont l'épisode en tête et y font parfois ouvertement référence.

      Supprimer