Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

vendredi 18 janvier 2013

Aspremont (1/10)

Après un rodage dans la pratique de l'enregistrement qui m'a permis de corriger certains problèmes, me voici prêt à entreprendre de nouveau en votre compagnie le périple d'Aspremont. Cette fois, rien ne m'empêchera plus, en principe, d'aller jusqu'au bout.
Pour ceux qui prendraient le train en route, Aspremont est une chanson de geste du XIIIème siècle, et l'une des plus belles qui soient. Elle narre une expédition de Charlemagne en Calabre pour en repousser une invasion de Sarrasins.
La précédente lecture d'Aspremont que j'avais commencée ayant un son en-dessous du médiocre, je repars du début. Mais cette fois, je vais véritablement tenter de faire des séances de lecture s'approchant de ce que pouvaient être les séances de déclamation des jongleurs médiévaux. Jean Rychner, qui s'est penché sur l'art épique des jongleurs, et a confronté les informations fournies par nos textes à celles que lui apportait l'observation, dans d'autres pays tels que la Serbie, d'une tradition de chants épiques encore vivante, estime que les séances devaient permettre au jongleur de déclamer aux alentours d'un millier de vers.
Il me faudra donc une dizaine d'épisodes, d'un peu plus de mille vers chacun, pour vous lire entièrement Aspremont. J'espère réussir à vous faire passer quelque chose de l'exaltation que la chanson de geste visait à susciter chez l'auditeur, en dépit de l'absence d'accompagnement à la vielle qui, au moyen âge, se fût imposé. Je ferai suivre chaque enregistrement d'un résumé de l'action.

Je vais essayer de me tenir à un épisode par jour. Pendant une dizaine de jours, vous pourrez donc, chaque soir, au lieu de regarder une série policière américaine, écouter déclamer une chanson de geste en ancien français. Le choix est vite fait, non ?
Enfin, je rappelle que j'utilise l'édition de Louis Brandin, de 1919, qui a l'avantage d'être libre de droit.

Résumé de l'action :
Le poème s'ouvre sur un éloge du duc Naymes de Bavière, sage conseiller de Charlemagne. Il a rendu de signalés services à l'empereur, s'efforce de promouvoir les bons chevaliers et d'écarter les mauvais de la cour. Grâce à lui, Charles, qui ne régnait d'abord que sur la France, a conquis sept autres royaumes.
A une Pentecôte, Charles tient sa cour à Aix-la-Chapelle, entouré de hauts barons, et de prélats parmi lesquels le pape lui-même. Naymes lui tient un sage discours, lui rappelant ses devoirs de souverains, et l'invitant à se montrer généreux. Charles loue le duc pour ses conseils, ainsi que pour la bravoure qu'il a déjà montrée à son service, et fait ouvrir ses trésors. Il distribue avec largesse des dons fastueux. Les chevaliers présents proclament la loyauté qu'ils ont envers Charles, et lui promettent leur soutien contre les païens, qui sont "de trop près ses voisins" et le menacent.
C'est alors qu'arrive à point nommé Balant, un messager sarrasin de belle et noble apparence. Il est envoyé par Agolant, le roi d'Afrique, auquel on a prédit que les deux autres parti du monde, l'Europe et l'Asie, devaient lui revenir. Agolant a donc décidé de conquérir l'empire de Charlemagne, et lui envoie un message d'ultimatum. Très agressif, Balant va jusqu'à proposer de se battre d'ors et déjà, en combat singulier, contre un champion franc.
Il est nanti d'un message écrit, que Charlemagne fait remettre à l'abbé Fromer. Ce dernier, à la lecture du message d'Agolant, se met à larmoyer. Turpin, l'archevêque-chevalier, raille la pusillanimité de Fromer et s'offre à lire le message. Fromer le lui remet, non sans avoir répliqué qu'un roi ne devrait jamais prendre conseil, en matière politique, auprès d'un ecclésiastique : qu'il se contente d'y recourrir comme à un conseiller spirituel.
Turpin lit la lettre, et confirme les paroles de Balant. Ce dernier menace les Francs et leur annonce déjà la défaite. Charlemagne perd son calme, mais Naymes le modère, et le roi fait servir le repas. Balant veut partir sans attendre, mais le laisser aller serait une faute contre l'hospitalité et la courtoisie. Naymes le retient, et il prend place à table parmi les barons francs. Bien traité de tous, il ne peut s'empécher d'admirer la noblesse de l'empereur et de sa cour. Charlemagne l'interroge au sujet d'Agolant, et Balant répond en faisant l'éloge de son roi.

Après le repas, Naymes offre l'hospitalité à Balant chez lui pour la nuit. Les deux hommes en profitent pour discuter de religion, et Naymes expose au messager les fondements du christianisme. Balant, qui se sent convaincu, doit l'interrompre pour préserver ses résolutions, et quitte Aix-la-Chapelle à contrecoeur le lendemain, emmenant de bons chevaux offerts par Naymes pour remplacer son coursier exténué.

Balant retourne auprès d'Agolant. Interrogé, il répond sincèrement et fait part aux barons païens de l'admiration que lui ont inspirée les Francs. Il déconseille l'expédition d'invasion. Puis, affamé par son périple, il se retire pour aller manger. Les seigneurs sarrasins ne croient pas à ses dires : ils s'imaginent qu'il a reçu de l'or de Charlemagne pour décourager ses adversaires, et l'accusent de trahison. On parle de le mettre à mort.

S'étant restauré et changé, Balant revient auprès d'Agolant et se défend des accusations portées contre lui. Il rappelle qu'il a toujours bien servi Agolant et s'est courageusement battu pour lui. Ses détracteurs, au contraire, sont d'anciens ennemis d'Agolant, des félons, que Balant a affrontés pour le compte du roi d'Afrique, vaincus, et ramenés à l'obéïssance. C'est pour cela qu'ils lui en veulent et le calomnient. Le sénéchal Gorhan et Aumont, le fils d'Agolant, répondent de la droiture de Balant, et font taire les médisants.

A Aix-la-Chapelle, Charlemagne se prépare à la guerre. Le pape fait une harangue aux chevaliers francs. Ils ont de la chance : eux qui étaient chargés de péchés vont pouvoir gagner l'absolution et mériter le Salut, en se battant pour Dieu et pour la Chrétienté.

Charles renvoie les chevaliers présents à la cour chez eux, pour qu'ils fassent leurs prépartifs avant de revenir. Lui-même convoque les rois qui lui doivent service d'ost, lesquels s'empressent de se porter à son aide.

A l'archevêque Turpin, Charles confie deux tâches. La première est de faire enfermer quatre jeunes gens qu'il a élevés à sa cour, mais qu'il juge trop jeunes pour combattre et qu'il ne veut pas exposer : son neveu Roland, Estout, Hatton et Guy. La seconde est d'aller convoquer Girard d'Aufrate, irrascible seigneur de Vienne, personnage orgueilleux qui refuse de se reconnaître un maître.

Turpin se rend à Vienne, où Girard, qui est pourtant son cousin, l'accueille mal. L'ombrageux baron refuse de porter secours à Charles, et va jusqu'à tenter de tuer Turpin d'un coup de couteau. L'archevêque a beau rappeler à l'arrogant ses devoirs envers Dieu, le menacer de faire frapper sa terre d'interdit, rien n'y fait, et Turpin s'en va dépité.

Il rejoint Laon, ou s'est assemblé l'ost de Charlemagne. Roland et ses amis, depuis la résidence où ils sont enfermés, assistent avec excitation à cette effervescence.


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