Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

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mardi 25 septembre 2012

Baphomet, ou l'étrange destinée d'un dieu fictif

Revenons un instant sur l'un de ces noms de dieux sarrasins dont je viens de vous entretenir : Baffumet, ainsi le désignent les textes de langue d'oïl. Voilà qui ne vous évoque peut-être pas grand-chose, mais si je vous dis qu'en langue d'oc, il était appelé Baffomet ou Bafomet, et que certains textes, latins notamment, adoptent la graphie plus pédante, mais ne modifiant rien à la prononciation, de Baphomet, peut-être cela vous rappellera-t-il quelque chose.

"Baphomet" est un nom lié au procès des Templiers, accusés entre autres griefs d'avoir vénéré des idoles païennes. En fait, ce dont on les accusait, c'était de s'être convertis à l'Islam, à la religion sarrasine telle qu'on se la représentait alors, c'est à dire très imparfaitement. On leur reprochait donc d'adorer Bafomet comme on aurait pu les accuser d'adorer Tervagant, Sorape ou Baratron : ce n'était qu'un nom parmi d'autres, parmi ceux que l'imagination occidentale prêtait pour déités aux sarrasins. 

Tout au plus Bafomet, probable altération du nom de Mahomet, pouvait-il donner une impression de véracité un peu plus forte que d'autres. Les croisés eux-même, qui pour avoir approché les sarrasins en chair et en os, ne connaissaient pas forcément mieux leurs croyances, parlent de Baphomet dans les écrits qu'ils nous ont laissés comme d'un dieu vénéré par leurs ennemis.

Les Templiers et les fautes dont on les accusait furent recouverts par les brumes de l'oubli, jusqu'au XIXème siècle où on les en tira. Les chercheurs d'alors, intrigués par le nom de Baphomet et ne reconnaissant plus celui d'un dieu fictif de chansons de geste, s'interrogèrent doctement et très sérieusement sur ce qu'avaient pu être les croyances des Templiers. D'autres s'interrogèrent moins doctement. Il s'est formé autour des Templiers un véritable mythe posthume, dont le grand public est friand, et qui fait vendre du papier. Régine Pernoud ironisait à juste titre sur cette littérature, écume frivole de l'histoire, qui glose sur "le trésor des cathares et le secret des templiers, quand ce n'est pas le trésor des templiers et le secret des cathares".

On a donc dit et écrit tout et n'importe quoi sur ce pauvre Baphomet. On a voulu voir en lui, non pas une divinité d'un islam mal compris, mais une figure occulte, voire satanique, objet d'un culte sectaire et secret. On en a fait des représentations rocambolesques :

Aujourd'hui, Baphomet, entièrement détaché du contexte qui l'a vu naître, vit sa vie, devenu mythe, légende tenace, et il continue à faire vendre non seulement du papier, mais aussi des jeux vidéo :


Il n'en demandait peut-être pas tant, mais que voulez-vous ? Ce sont les canulars que parfois nous joue l'Histoire.

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