Charlemagne affrontant le Paganisme

Charlemagne affrontant le Paganisme

mardi 17 juillet 2012

Aspremont : l'affiche


Il est bien évidement puéril de se plaindre d'une absence de résultat lorsque, depuis le début d'un projet, on fait les choses de manière farfelue et foutraque. Essayons donc de faire les choses bien et méthodiquement désormais. Je change mon fusil d'épaule. Finis les digressions, les à-côté, les sujets connexes qui bouffent le sujet principal. Fini l'éparpillement pointilliste. Je reviens aux fondamentaux, et je m'en vais, pour la première fois, vous présenter une chanson de geste de manière approfondie et suivie, de son début à sa fin, dans une série de billets.

Ces billets, qui paraîtront à un rythme quotidien les jours de semaine, prendront la forme de résumés détaillés de portions de texte d'à peu près 500 vers (je m'efforcerai de couper le fil du récit à des endroits pertinents), suivis de commentaires visant à replacer les motifs rencontrés dans la perspective culturelle et intertextuelle qui est légitimement la leur.

J'ai choisi la chanson d'Aspremont, l'une de mes épopées favorites, qui narre une expédition légendaire menée en Calabre par Charlemagne pour en repousser une armée d'envahisseurs sarrasins. On y trouve également les "enfances", les exploits de jeunesse de Roland : si l'on excepte la tradition italienne représentée par l'Orlandino et une portion du Charlemagne de Girart d'Amiens, il s'agit donc chronologiquement de la première aventure de Roland.

Aspremont est un texte du XIIème siècle, et à ce titre, il appartient à l'âge d'or de notre épopée, dont il présente les caractéristiques stylistiques : laisses (la strophe épique, souvenez-vous) brèves et nerveuses, bien dessinées par des effets d'ouverture et de clôture et coïncidant avec des unités d'action, versification en décasyllabe plutôt qu'en alexandrin. La chanson est animée d'un puissant souffle épique au premier degré, sans guère d'intentions parodiques ni de divagations romanesques. Charlemagne, parfois déprécié dans les chansons plus tardives, y est encore le souverain majestueux et vaillant de la Chanson de Roland. Bref, il s'agit d'un texte représentatif de ce que je serais tenté d'appeler "la bonne école" de la chanson de geste. Les textes des XIVème et XVème siècle, sans être aussi insipides qu'on l'a parfois dit, tendent à devenir de longs romans en vers où l'esprit épique se dilue dans d'interminables péripéties, et dont les caractéristiques formelles s'affaiblissent.

Afin de donner une chance à ce beau texte d'être apprécié à sa juste valeur, je vous en proposerai bien sûr quelques extraits. Pour vous permettre de les goûter pleinement, je vais rappeler quelques éléments. Au Moyen Âge, on ne connaît pas la lecture silencieuse. Tout texte est destiné à être lu à voix haute, et c'est encore plus vrai des chansons de geste, qui étaient originellement déclamées avec un accompagnement musical, à la vielle ou à la harpe. Nos épopées sont donc construites selon une esthétique de la voix, et je ne saurais trop vous inviter à les lire à voix haute : c'est en le faisant que j'ai moi-même appris à les aimer, et à en comprendre la force.

Elles sont composées en vers réguliers, en l’occurrence en décasyllabes coupés 4/6 : c'est le vers épique français  par excellence, que Ronsard trouvait encore plus vigoureux et noble que l'alexandrin, et qu'il préféra pour sa Franciade. Si vous ne trouvez pas le compte juste de syllabes, ce peut être que vous prononcez en diérèse des sons qui devaient l'être en synérèse (ainsi "sanglier" et "destrier" sont au Moyen Âge des mots de deux syllabes, comme "terrier" par exemple). Ce peut être aussi que vous prononcez un "e" à la césure qui doit être élidé : ce procédé tient son nom de "coupe épique" de son usage systématique dans la chanson de geste.

Il existe d'Aspremont une excellente édition de référence bilingue, avec la traduction au regard du texte original.



C'est cette édition que j'utiliserai. Vous pouvez d'ailleurs vous la procurer ici.

Je mènerai quoi qu'il arrive ce projet jusqu'à son terme. Ensuite, je déciderai quoi faire de ce blog. Il va sans dire que, si je n'ai pas l'impression d'avoir suscité un intérêt quelconque, je pourrai saborder le navire sans remord, avec le sentiment du devoir accompli. Les commentaires étant le salaire du blogueur, vous savez ce qu'il vous reste à faire si vous voulez voir le périple continuer.

A demain, pour le premier épisode.

10 commentaires:

  1. Que dire si ce n'est qu'on attend la suite ? Intéressantes remarques sur la synérèse dans certains mots.

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  2. Merci !
    Et courage, faites-vous plaisir autant qu'à nous.

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  3. J'ai hâte de lire votre premier article sur la Chanson d'Aspremont.

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  4. Saborder le navire ? Ce serait vraiment dommage !

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  5. Commentez? Vous en avez de bonnes! Encore faudrait-il avoir des choses intéressantes à dire, et vous avouerez que sur un sujet aussi pointu...
    Mais que l'on ne commente pas ne veut pas dire que l'on ne lise pas.

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    1. Je ne veux pas le savoir ! Un commentaire n'a pas du tout à être pointu. Vous pouvez simplement écrire : "Mat, vous êtes un dieu ! Je vais me faire tatouer votre nom sur la fesse droite !" ça suffirait pour entretenir mon moral.

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    2. Pour le tatouage, je vais voir où il me reste une place et je vous envoie une photo dès que c'est fait.

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  6. Mat, vous êtes un dieu. Je vais enc. NVB sous votre effigie !

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  7. Aspremont, c'est un nom qui a de la gueule. Ça me fait penser au titre qu'avait finalement trouvé le traducteur du génial Bleak House de Dickens, après une grosse migraine à propos de "bleak", machin intraduisible : La maison d'âpre-vent. Rien à voir, OK.

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    1. Je ne connaissais pas cette anecdote. Je présume qu'il s'agit d'une allusion à Emily Brontë.

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