lundi 6 juillet 2020

Le glossaire médiéval : Sempres

Sempres descend en droite ligne du latin semper. Comme son aïeul, il signifie "toujours" ou "continuellement", mais peut aussi se traduire, selon le contexte, par "aussitôt", "tout de suite" ou "tantôt".

Un des cousins de ce mot demeure en français moderne : "sempiternel".

Les exemples en abondent. Citons donc le début de la Chanson de Roland. Le cauteleux sarrasin Blancandrin donne des conseils rusés à son roi, Marsile, pour l'aider à se débarrasser de Charlemagne : qu'il feigne la soumission, livre un tribut et des otages. Les effets de cette politique, d'après Blancandrin, seront immédiats :

Dist Blancandrin : "Par ceste meie destre,
E par la barbe ki al piz me ventelet,
L'ost des Franceis verrez sempres desfere :
Francs s'en irunt en France la lur tere."

Ce que je traduirai ainsi :

"Par ma main droite, dit Blancandrin, et par la barbe qui flotte sur ma poitrine, vous verrez aussitôt l'ost des Français se disperser : les Francs s'en retourneront en France, leur pays."

Une autre remarque intéressante que l'on peut faire sur ce passage, c'est qu'ici, comme partout ailleurs dans le Roland et comme dans toutes les autres chansons de geste, les termes "Francs" et "Français" sont strictement synonymes, et coexistent sans se nuire : le poète préférera l'un ou l'autre, pour la rime ou pour le nombre de pieds nécessaires à son vers. C'est qu'aux alentours de 1100, n'en déplaise aux germanolâtres qui aimeraient bien reconnaître, dans les héros de nos épopées, des Teutons mal dégrossis, le mot franc avait été vidé depuis belle lurette de tout sens proprement ethnique (renvoyant à la tribu germanique des Francs, entrée en Gaule durant les grandes invasions, et à leurs descendants) pour revêtir un sens qu'il faut bien qualifier, déjà, faute d'un meilleur terme, de national (désignant l'ensemble des habitants de ce pays que le poète appelle "France la douce", et de ceux qui se reconnaissent pour sujets de son roi). Du reste, n'était-ce pas déjà le cas, quelques siècles plus tôt, lorsque le bon Grégoire de Tours, pourtant d'ascendance gallo-romaine, se qualifiait lui-même de Franc ?

Quoi qu'il en soit, j'aime bien sempres. Il rime avec "pampres", assone bellement avec "temple" et "ample", laisse nettement transparaître le semper latin tout en étant déjà d'allure indéniablement française. Je lui trouve une sympathique rondeur. Il vous a un petit air d'éternité qui manque à "toujours" (l'éternité étant plus, et autre chose, qu'une simple succession sans fin de jours). C'est pourquoi je regrette un peu (sans me faire d'illusions quant à ses chances de résurrection) que "toujours" l'ait définitivement supplanté.

vendredi 3 juillet 2020

La prière de Ganelon

Lorsque l'on parle de la Chanson de Roland, on entend d'ordinaire le Roland du manuscrit dit "d'Oxford", qui date des alentours de 1100. Il s'agit de la version la plus ancienne de notre épopée, généralement considérée comme la meilleure. 

Mais il faut se souvenir que les chansons de geste étaient des textes circulant par l'oralité, et donc, par essence, mouvants : chaque jongleur pouvait improviser des variations sur le canevas traditionnels, et chaque trouvère pouvait s'emparer d'une chanson connue pour en proposer une version nouvelle. Il existe donc, non pas une, mais plusieurs chansons de Roland. Une dizaine d'entre elles, provenant de régions et d'époques très diverses, sont parvenues jusqu'à nous par l'écriture. On n'en fait généralement pas grand cas, et le grand public ignore leur existence. 

Pourtant ces versions parallèles sont dignes d'intérêts. Certaines nous proposent des éléments, parfois des épisodes entiers, qui ne sont pas sans beauté, et dont certains remontent peut-être aussi haut ou davantage que le Roland d'Oxford. Comparer les versions peut parfois jeter, sur le texte bien connu dont certains aspects demeurent mystérieux, une lumière inattendue.

J'ai ainsi glané, dans la version dite "de Paris", qui date du XIIIème siècle, plusieurs passages intéressants.

J'ai déjà évoqué l'épisode de la fuite de Ganelon, inconnu du Roland d'Oxford : on y voit le célèbre traître, désireux d'échapper au châtiment, réussir à fausser compagnie à l'ost impérial. Rattrapé par Othon, un des hommes de Charlemagne, le félon engage un féroce combat, mais il se trouve en mauvaise posture. Alors, à ma profonde surprise, voilà que Ganelon se met à faire ce que les héros de chansons de geste font très souvent, mais les félons pour ainsi dire jamais : prier.

Ganelons tint eu poing destre Murgie,
le brant d'acier qui luist et reflambie.
Bien se deffent ; paor a de sa vie.
Deu reclamma, le fil sainte Marie :
"Gloriouz peres qui fus en Bethanie,
quant tu le ladre traisis de mort a vie,
en Jhursalen fuz a Pasques florie,
la voz vendi Judas par felonnie ;
de ton cler sanc fu la crois esclarcie,
com ce fu voirs, et gel croi sans folie,
garissiez vos mes membres et ma vie,
que cil vassaus qui la est ne m'ocie.
A vos otroi, vrais Deu, sans tricherie,
que jamais jor ne ferai boiserie
ne traïson vers home ne boisdie."

Ce que je traduirai par :

Ganelon tient en son poing droit Murgie, son épée d'acier flamboyante. Il se défend bien ; il a peur pour sa vie. Il invoqua Dieu, le fils de sainte Marie : "Glorieux père, qui ressuscitas Lazare à Béthanie, tu entras à Jérusalem au jour des Rameaux ; là, Judas te vendit par trahison ; la croix fut illuminée de ton précieux sang ! Comme cela est vrai et comme j'y crois, protégez mes membres et ma vie, pour que ce guerrier ne me tue pas ! Je vous promet sincèrement, vrai Dieu, que plus jamais je ne commettrai de trahison ni de tromperie !"

J'étais stupéfait. J'ai dû relire ce passage pour m'assurer que je ne m'étais pas mépris, que c'était bien Ganelon, et non Othon, qui priait. C'est que ce passage est un exemple parfait de credo épique, ou "prière du plus grand péril", cette oraison que les chevaliers luttant pour le Christ, contre le paganisme et le mal, prononcent dans les situations désespérées, à l'approche du trépas. De telles prières sont normalement l'apanage des héros positifs, des preux, des justes, des innocents, et en voir une prononcée par un antagoniste, un traître, est presque sans exemple. Je n'en connais pas d'autre occurrence dans nos chansons de geste.

Ici, l'auteur inconnu du Roland de Paris (ou de la version de la chanson, quelle qu'elle soit, dont celle de Paris reproduit ici les apports) a fait preuve d'originalité, de largeur d'esprit, et je dirais presque de génie. 

Trop souvent, nos poètes épiques tardifs, les remanieurs, continuateurs et autres épigones, font de Ganelon un salaud tout d'une pièce, un personnage foncièrement mauvais, l'ayant toujours été, un traître de naissance indifférent à tout sentiment d'honneur, de foi ou de loyauté. Pourtant, tel n'est pas le Ganelon originel, celui que nous donne à voir le Roland d'Oxford. Le vrai Ganelon est un personnage nuancé : un brave chevalier, doublé d'un vassal ayant pour son seigneur Charlemagne des sentiments sincères d'admiration et de fidélité, mais que sa haine, sa colère et sa rancœur envers Roland font chuter et déchoir. En un mot : c'est un homme, dont on sent battre le cœur. 

Le poète qui a imaginé l'épisode de la fuite de Ganelon a su se souvenir de cela. Il lui a prêté une prière qui laisse deviner quelque chose comme du remords. En ce Ganelon, le chevalier et le chrétien ne sont pas morts, ils percent encore sous le traître. Il s'agit bien là du vrai Ganelon, et je suis heureux de le reconnaître dans ce développement tardif. Ce n'est que trop rare.

Le poète donne aussi de la finesse à Dieu, qui dans nos épopées en manque souvent. Car le narrateur nous l'affirme : Dieu ne ferme pas ses oreilles à la prière de Ganelon. S'Il choisit de ne pas l'agréer, ce n'est pas parce qu'Il se désintéresse du pécheur, mais parce que la promesse de Ganelon n'est que velléité, motivée par la peur. Sur d'aussi fragiles bases ne peut s'ériger un véritable repentir, conduisant à la rédemption. Sans cela, nous dit le poète, Dieu sauverait même Ganelon. Car Dieu est miséricordieux : il veut le Salut du pécheur et non sa perte.

La version de Paris, dans l'ensemble, ne vaut pas le Roland d'Oxford. Mais ce passage se recommande à nous par son originalité, par la généreuse hauteur de vue qu'il exprime, et par le sentiment véritablement chrétien qui l'anime. Or, des passages de cette valeur, la chanson du XIIIème siècle en renferme plusieurs.

C'est pourquoi le Roland de Paris gagne à être connu, et mériterait de l'être davantage.

lundi 29 juin 2020

Le glossaire médiéval : Tolir

Une idée m'est venue. 

Je vais désormais, sur ce blog, vous faire découvrir de temps en temps des termes d'ancien français. De vieux mots, tels qu'on peut en croiser dans les vers de nos chansons de geste, dont je vous donnerai le sens, et que j'illustrerai par quelques passages de nos poèmes.

J'espère ainsi rendre service à quiconque voudrait s'essayer à les lire. 

Bien sûr, je ne les choisirai pas tout-à-fait au hasard. Il en est que je trouve beaux, intéressants ou amusants, pour des raisons diverses. Certains se rencontrent si fréquemment que l'on est tout simplement obligé de les connaître lorsque l'on fréquente notre littérature médiévale. Il en est dont je me sers dans mes propres livres, et certains me charment tant que je serais enchanté de les voir revivre, et se refaire une place dans l'usage. Au moins l'usage littéraire, disons, ne soyons pas présomptueux...

Ce sera mon glossaire médiéval.

Commençons donc par le verbe tolir (ou toldre, toudre...).

Issu du verbe latin tollere (c'est à dire prendre, porter ou soulever), le verbe médiéval tolir à le sens de prendre, ôter ou enlever (quelque chose à quelqu'un). On pourrait même le traduire par voler ou arracher dans certains cas, car le terme fleure bon la violence et l'agressivité. On l'emploie souvent dans des contextes guerriers, où il est question de "tolir" ses terres à un seigneur ennemi, par exemple. On peut aussi "tolir" un membre ou même sa tête à un adversaire, en le mutilant ou en le décapitant. Paradoxalement, le verbe est aussi susceptible d'un emploi amoureux et courtois : si vous êtes un jeune chevalier de galante complexion, une belle dame pourrait bien vous "tolir" votre cœur !

J'en relèverai quelques occurrences dans une Chanson de Roland. Toutefois je ne me référerai pas au texte que l'on désigne ordinairement sous ce titre (qui est le Roland du manuscrit d'Oxford, datant des alentours de 1100), mais à une autre version, plus tardive : le Roland de Paris, qui date du XIIIème siècle. Cette version comporte un épisode absent de celle d'Oxford : l'évasion et la fuite de Ganelon, qui se produit après la bataille de Roncevaux et la victoire de Charlemagne sur Baligant, alors que l'armée française a regagné Sorges (aujourd'hui Sorde-l'Abbaye). C'est dans cet épisode que je piocherai mes exemples.

Ganelon, qui sait qu'il va être exécuté pour trahison, a réussi à s'enfuir avec ses armes et son cheval. Othon, un chevalier de Charlemagne, se lance à ses trousses. Rencontrant des marchands sur sa route, Ganelon leur demande de mentir à ses poursuivants. Il leur adresse ces paroles :

"Seignor, dist-il, alez seürement.
N'a home en terre n'en cest siecle vivant,
qui ja vos toille un denier vaillissant."

Ce qu'on pourrait traduire par :

"Seigneurs, dit-il, allez sans crainte. Il n'y aucun homme en ces terres qui puisse vous dépouiller d'un seul denier."

Ganelon les rassure donc quant à la présence d'éventuels pillards ou brigands dans les parages. Les marchands obéissent à ses instructions, au grand désarroi d'Othon, qui se croit nettement distancé par l'ennemi qu'il talonne. Le bon chevalier finit pourtant par rattraper le traître, auquel il adresse d'amers reproches :

"si vos rendrai a Charlon le vaillant
cui tu toillis son bon neveu Rollant
et Olivier le hardi combatant ;
les douze pers li toillis ausiment
et les vint mille meïs tu a torment."

C'est à dire :

"Je te remettrai au vaillant Charles, auquel tu as fait perdre son bon neveu Roland et Olivier le hardi combattant ; tu lui as aussi coûté les douze pairs, et tu as causé la mort des vingt mille chevaliers de l'arrière-garde."

Au terme de diverses péripéties et d'un âpre combat, Ganelon finira par être capturé.

Comme vous le voyez, tolir est un verbe assez polysémique, qui englobe différents sens renvoyant aux idées de prendre avec violence, de voler, de conquérir, d'arracher ou de faire perdre un bien, une terre, un être cher...

dimanche 21 juin 2020

Les vieilles bouteilles de Guillaume Issartel

S'il est un homme qui a toujours été pour moi un compagnon de route dans ma quête, c'est bien Guillaume Issartel.

La première fois qu'il a croisé ma route, indirectement, j'étais encore étudiant. Je consacrai un mémoire de maîtrise au personnage de Gauvain (le neveu du roi Arthur dans les romans de la Table ronde) sous la direction de Philippe Walter, grand spécialiste de la la littérature arthurienne. Comme je me demandai quelle forme, exactement, devait prendre le travail qu'on attendait de moi, il me conseilla d'aller consulter les mémoires de ses précédents étudiants. 

J'optai pour un ouvrage alléchant, pour l'amoureux de mythes et de légendes héroïques que j'étais déjà : il y était question, entre autres choses, de Beowulf. Le travail d'Issartel était intéressant, mais je mentirai en prétendant qu'il eut alors une grande influence sur ma vie. Je soutins mon mémoire avec succès mais, comprenant que me lancer dans une thèse sur le même sujet ne me mènerait pas à grand-chose, je me mis à la recherche d'un travail alimentaire. 

Il faut bien gagner sa croûte et y a pas d'sot métier, dit-on bêtement. En fait, il n'y a presque que de sots métiers. J'en trouvai un : celui d'enseignant.

Et c'est en salle des professeurs que je rencontrai Guillaume, pour la première fois, en chair et en os. J'avais oublié son nom depuis belle lurette, et j'aurais pu passer à côté de lui sans le voir. L'évocation de nos études me permit de reconnaître en lui l'auteur du mémoire qui m'avait servi de référence, pour composer le mien. Nous étions disciples du même chercheur, et surtout, surtout, animés d'une même passion pour la mythologie, les légendes, les textes médiévaux... Je commençais à cette époque à me plonger à corps perdu dans les chansons de geste ; Guillaume, lui, leur avait consacré une thèse.

Nous fraternisâmes immédiatement.

C'est à lui que je dois de n'avoir jamais désespéré, malgré le caractère apparemment vain, à vue humaine, de mes efforts pour faire connaître et aimer les chansons de geste. Les regards placides et indifférents des braves gens que je vois défiler, dans les salons du livre, en quête de romans policiers, de livres de cuisines et de petites bondieuseries sulpiciennes, ne me blessent pas. Je sais que je ne suis pas seul dans mon amour.

Sa thèse, Guillaume a réussi à la publier. Et c'est un bel ouvrage :


C'est un livre difficile d'accès, je ne vous le cache pas, mais réellement passionnant. Guillaume y met à jour les soubassements mythologiques des chansons de geste, décelant, sous les dehors humains et féodaux de leurs héros, les traces voilées de très anciennes croyances, de dieux oubliés et de rites enfuis. Au service de ce travail de titan, l'auteur a mis une immense érudition, qui traque des parallèles à nos épopées dans les mythes du monde germanique, de la Grèce et de l'Inde, de la Chine et de la Corée, du Japon, de la Sibérie... Un chef d'oeuvre. 

Guillaume ne s'est pas arrêté là. Il a publié, aux Belles Lettres, un livre qui s'empare des chansons de geste pour tenter de les faire revivre, sous la forme d'un récit brutal et âpre, à l'étrange poésie :


Ici, lui et moi sommes en quelque sorte rivaux, ou mieux, émules : puisant aux mêmes sources, nous tentons de faire la même chose. Mais nos ouvrages ne se ressemblent en rien. Preuve que deux écrivains, traitant des sujets similaires, obtiendront toujours des résultats fort différents. Nos styles sont profondément dissemblables. Alors que je parsème ma prose de pièces versifiées, Guillaume insuffle la poésie dans la prose elle-même, investit chaque paragraphe de la puissance incantatoire du verset, de la profération rituelle et sacrée. C'est un écrivain barde, un aède inspiré.

Autre différence, je me suis toujours efforcé de prêter à mes personnages autant d'épaisseur humaine que possible. J'ai voulu les resituer dans le cadre de la société féodale qui les a chantés, en les rendant semblables aux seigneurs et aux dames qui écoutaient pieusement leurs histoires. J'ai décrit leurs vêtements, leurs chevaux et leurs armes, leurs blasons et leurs traits. J'ai sondé leur intériorité, tenté d'exprimer leurs pensées et leurs sentiments. Guillaume, au contraire, les dépouille de tous ces vains oripeaux afin de démasquer, sous les affiquets féodaux, les êtres mythiques surgis du fond des âges. Ses personnages ne sont pas de courtois damoiseaux, mais des figures semi-divines, l'incarnation de puissances naturelles, des titans aux allures d'ours, encore plongés jusqu'à mi-corps dans le chaos primordial. Lorsque Guillaume Issartel parle de l'épée foudroyante de Roland, chez lui ce n'est pas une métaphore, mais simplement l'affirmation tranquille du fait que le héros est un de ces personnages, tels que Zeus, Indra et Thor, qui ont la foudre pour arme.

Son introduction, à elle seule, est déjà un petit bijou, qui peint à merveille et de vivante manière ce que sont les chansons de geste. C'est déjà un poème, qui vaut la peine que j'en cite un large extrait :

"Dévorés tout vifs par des siècles muets, dorment sous la terre  lourde dont nous héritons des rangs de guerriers et des grappes de vierges périlleuses, la poitrine oppressée, en files poussiéreuses sur les rayons de caves celées par des vignerons qui ont depuis longtemps cessé leurs chants.
    Dans l'ombre odorante, des bouquets rares attendent des gosiers altérés et un pied souple, qui foulera amoureusement, fabriquant une ivresse nouvelle.
     Ce sont de vieilles bouteilles, pleines d'un vin qui pique fort le palais, que nous avons voulu resservir à la table du lecteur.

     Il était, autrefois, d'antiques pressoirs où des ancêtres obstinés remisaient leurs expérience, une manière à eux de penser et les savoirs acquis au fil des âges, et d'où s'écoulait une drôle de mixture qui rendait les héros tapageurs, et leurs Dames inaccessibles.
      Dans chaque partie du monde, la poésie épique a ainsi fait surgir, de tous les sols, des foules de personnages mythiques, qui peuplent - depuis quelle aube ? - l'envers de nos décors familiers. Sur la même terre que la nôtre, mais plus chaleureuse, plus intime, sont apparues, à jamais vives et terriblement agitées, des tribus entières de preux inoubliables, confrontés à d'épouvantables monstres, et à des armées d'ennemis irréductibles.
      A l’extrémité occidentale de l'Europe, tout ce personnel légendaire a pris corps, durant la longue jeunesse multiforme de notre Moyen Âge, dans les chansons de geste, qui sont des épopées en vers, rédigées en langue romane (français, espagnol, italien, occitan), dans lesquelles un peuple d'élus - les Francs - doit faire face à toutes sortes d'adversaires extérieurs, et au bouillonnement de ses propres agressivités et de ses propres orgueils.

     Les poètes de ces temps se saisissaient de leur réalité pour y verser le breuvage mythique. Et ainsi les héros se confondirent avec la peuplade historique qui porte leur nom, mirent à leur tête les rois de ses annales, et tombèrent face à ses ennemis.
     Du XIe au XVIe siècle, l'épopée subit sous nos latitudes une longue vinification, qui assembla ses personnages autour de l'empereur Charlemagne, pivot mythique d'un monde soudé par la défense du christianisme, devenu consubstantiel à la nation franque, et la lutte contre tout élément excentrique, confondu avec la part du diable.
     Plus encore que les Francs, les Sarrasins de la chanson de geste n'ont de sarrasin que le nom. Pour le reste, ils se prosternent devant des idoles, sont polythéistes, et ne servent que les démons, dont ils sont les esclaves. Un Romain de l'Antiquité, un Saxon ou un Norvégien peuvent être aussi sarrasins qu'un Arabe ou un Persan. Ce qui est en jeu n'est que le Sort dévolu aux preux par des Puissances supérieures, dans un monde qui est la partie rêvée du nôtre, chargée de sens et de jeunesse, à perpétuité.

     Guidés par quelques vieilles chansons, quelques beaux textes que d'aucuns reconnaîtront, s'ils ont la curiosité de fourgonner dans le vaste foyer médiéval, nous avons simplement désiré souffler le plus délicatement possible sur la braise mythique qui s'y trouve toujours.
     En sont sorties tout équipées (à l'image de celle-là qui, dit-on, creva la calotte crânienne de son père pour en jaillir armée de pied en cap) des légions de personnages aux raisons insondables, saisis de passions insatiables et aux manières abruptes, qui ont éveillé à leur suite un univers où tout - arbres, montagnes, forteresses, forêts, vent - répond à leurs émotions crues et à la violence qu'elles suscitent."

Guillaume Issartel ne sera sans doute jamais un écrivain prolifique. Je serais tenté de dire que c'est dommage, mais un tel choix de mot serait malavisé. Sa maigre production littéraire résulte de ses qualités humaines, qui me font défaut. Il fait partie de ces gens qui semblent rayonner d'un soleil intérieur. Il n'a pas le temps d'écrire, car sa vie est pleine à ras bord de gens aimants et d'activités belles et fécondes. Moi, en revanche, j'ai le loisir de passer mes soirées à écrire des livres sans lecteurs ou, plus vain encore, des billets de blog. C'est que je suis plus terne et moins vivant que lui. Mais je suis fortuné de le connaître. La mère de Perceval, dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, lui recommande de rechercher la compagnie des prudhommes. Ce qu'il y a de merveilleux avec ces gens dont la généreuse humanité réchauffe autour d'eux, c'est qu'à leur contact, on s'humanise.

vendredi 5 juin 2020

Les armoiries de Roland (4/4) : écartelé de gueules et d'argent

C'est en Italie que nous achèverons notre survol de l'histoire des armoiries rolandiennes. Rappelons que notre cher paladin est un héros extrêmement populaire dans la péninsule (et, de nos jours, bien plus qu'en France). Non seulement des épisodes importants de sa légende se déroulent en Italie, mais il occupe une grande place dans les œuvres de plusieurs fameux poètes de la Renaissance italienne : le Morgante de Luigi Pulci, mais surtout l'Orlando innamorato de Matteo Boiardo et l'immortelle épopée qu'est l'Orlando furioso de l'Arioste, un des sommets des lettres européennes. Rien de surprenant, donc, à ce que Roland ait été très fréquemment représenté par les imagiers italiens.

Ce qui peut, en revanche, légitimement nous surprendre, c'est que ces artistes lui prêtent, non pas les armoiries d'or au lion de gueules, avec ou sans engrêlure de sable, que nous lui connaissons en France, mais un blason entièrement différent, écartelé de gueules et d'argent. Ecartelé, c'est à dire partagé en quatre quartiers de couleurs distinctes par deux lignes, l'une horizontale, l'autre verticale, qui se croisent au milieu de l'écu. Voyez plutôt :



Il peut aussi arriver que le blason du paladin soit écartelé d'argent et de gueules (c'est à dire que l'argent se trouve à dextre dans la moitié supérieure de l'écu, la dextre et la senestre étant déterminés en héraldique en fonction du porteur du blason qui tient théoriquement l'écu devant lui, et non du spectateur ; un écu se lit donc de gauche à droite, pour celui qui l'observe, et de dextre à senestre), comme sur cette enluminure où le blanc du manuscrit s'est malheureusement terni avec le passage des siècles, changeant presque l'argent en sable :



Sur l'image suivante, nous pouvons voir Roland de profil, mais sa soubreveste arbore bien l'écartelé d'argent et de gueules, avec l'argent sur son épaule dextre (c'est à dire à gauche pour Charlemagne qui lui fait face) : 



Ce blason écartelé, inconnu en France, trouve son origine dans un épisode légendaire de la jeunesse de Roland. Résumons donc les grandes lignes d'une histoire dont il existe, en Italie, de nombreuses versions auxquelles on donne le titre d'Orlandino, mais que l'on désigne aussi parfois sous celui de Rolandin ou Les Enfances de Roland.

Le duc Milon, nous dit la légende, s'est épris de la sœur de Charlemagne (personnage que les sources italiennes appellent Berthe, comme sa mère Berthe au grand pied, mais que les textes français nomment Gille ou Gisle, forme médiévale du prénom Gisèle qui fut bien, historiquement, celui de l'une des sœurs de l'empereur) et lui fait une cour empressée. La princesse devient son amante, et tombe enceinte de ses œuvres. Redoutant la colère de Charlemagne, le couple prend la fuite et se réfugie en Italie, où la princesse donne naissance à Roland.

Dans le plus complet dénuement, la petite famille se fixe dans une forêt voisine de la ville de Sutri, où Milon exercera le métier de bûcheron pour subvenir aux besoins des siens. Ils vivent dans une grande pauvreté mais les parents, soucieux de l'instruction de leur fils, l'inscrivent malgré tout à l'école de Sutri, où un savant clerc dispense des cours comme la chose n'est pas rare à l'époque : on sait que Charlemagne, s'il n'a pas réellement inventé l'école,  encouragea cette pratique. Le jeune Roland, ou Rolandin puisque tel est son sobriquet de jeunesse, se montre un élève très doué et précoce, mais aussi le meilleur dans tous les amusements turbulents qui requièrent force, agilité et audace : il est reconnu pour chef par les enfants de la ville.

Or Rolandin, du fait de la pauvreté de ses parents, n'est couvert que de guenilles. Les enfants de Sutri, ne supportant plus de voir leur champion et capitaine si mal vêtu, décident de se cotiser pour lui offrir un bel habit. Or Sutri compte quatre quartiers : les enfants de chaque quartier achètent donc une pièce d'étoffe ; le costume de Rolandin sera composé en cousant ces quatre pièces, ce qui lui donnera un aspect bariolé. Plus tard Roland, devenu chevalier, continuera d'arborer un écu et une cotte d'armes rappelant le costume qu'il devait à la générosité de ses copains de Sutri.

(Rappelons d'ailleurs en passant que j'ai conté les primes années de Roland en long, en large et en travers, dans un livre intitulé Rolandin, publié aux Belles Lettres, que l'on peut acquérir ici, ou encore , voire commander auprès d'un libraire...)

Ainsi, alors que les armoiries françaises de Roland sont un emblème de courage et de noblesse certes éloquent, mais somme toute assez banal, qui conviendrait tout aussi bien à un Lancelot, à un Siegfried ou à un Amadis, son blason italien fait directement référence à un épisode précis de sa légende. 

A titre personnel, je dois confesser une légère préférence, disons, esthétique, pour l'écu d'or au lion de gueules, mais le souvenir de la touchante anecdote des enfants de Sutri ferait presque pencher mon cœur en faveur de l'écartelé de gueules et d'argent. Somme toute, il me semble que l'on peut aimer les deux, et qu'il est bon de les connaître tous deux : un mythe, après tout, est égal à la somme de ses versions.

Dans un prochain billet, nous verrons ce qu'il en est des armoiries d'Olivier.

lundi 25 mai 2020

Les armoiries de Roland (3/4) : l'engrêlure de sable et la Maison de Gavre

Dans le billet précédent, nous avons vu les armoiries de Roland se stabiliser, dans l'iconographie comme dans les textes, sous une forme simple : d'or au lion de gueules. Ces éléments resteront inscrits dans le blason du héros jusqu'à la fin du Moyen Âge. Toutefois, si nous examinons les œuvres picturales du XIVème et du XVème siècle, nous verrons qu'un élément supplémentaire vient souvent s'y ajouter. 

Nous le trouvons sur l'effigie de Roland qui orne l'une des châsses abritant, à Aix-la-Chapelle, les reliques de saint Charlemagne, depuis le milieu du XIVème siècle. Le héros et son ami Olivier sont représentés en pied, tout en armes, et leurs écus armoriés sont nettement visibles :





Comme vous pouvez le constater sur les images ci-dessus, le champ d'or de l'écu de Roland est désormais entouré d'une bordure noire dentelée. En termes héraldiques, Roland porte ici d'or au lion de gueules à l'engrêlure de sable.

Il ne s'agit pas d'un exemple isolé. Nous pouvons nous en convaincre en consultant divers armoriaux de la fin du Moyen Âge où le blason de Charlemagne est suivi par ceux des douze pairs



Il s'agit d'une variante largement répandue, qui coexiste avec la représentation, plus simple, des armoiries rolandiennes d'or au lion de gueules.  

Or il y a dans ces deux versions quelque chose de troublant. Selon l'héraldiste Michel Pastoureau, c'est la simplicité qui, dans le monde du blason, est synonyme de noblesse et de beauté. Ajouter un élément à un blason, en termes héraldiques, c'est le briser, et l'on parle de brisures pour désigner les pièces ainsi ajoutées. C'est ce que font les fils, les cadets de famille et éventuellement les bâtards pour distinguer leurs armoiries de celles que seul le chef d'armes du lignage à le droit de porter plaines, c'est à dire intactes, sans brisures. Ainsi, plus un blason est simple, plus son porteur est élevé dans la hiérarchie lignagère. A l'inverse, et sauf exceptions, plus un blason est surchargé, moins son porteur est noble. Un blason d'or au lion de gueules à l'engrêlure de sable est donc moins beau et moins noble qu'un blason d'or au lion de gueules

On peut se demander pourquoi cet ajout. On peut se demander si c'est bien un ajout. Un héraut a-t-il un jour eu l'idée d'ajouter une engrêlure de sable à un blason rolandien originel qui en était dépourvu ? Ou, au contraire, le blason de Roland fut-il orné d'une engrêlure de sable avant qu'un héraut, voulant le simplifier et donc l'ennoblir, ne retranche cet élément ?

Disons-le franchement : je suis incapable de répondre à cette question. Je doute que quiconque le puisse avec certitude. J'ignore laquelle de ces deux variantes des armoiries de Roland est la plus ancienne, et sur l'histoire de ce blason double, je ne peux formuler que des conjectures.

Toutefois, nous pouvons apporter un ce dossier une pièce intéressante : un texte littéraire tardif, l'Histoire des seigneurs de Gavre, écrit en 1456 à la gloire d'une famille noble d'origine flamande, la Maison de Gavre, dont les armoiries se trouvent avoir été d'or au lion de gueules à l'engrêlure de sable

Le texte s'ouvre par une légende fondatrice comme les familles nobles du Moyen Âge en sont friandes : au cours des guerres de Charlemagne en Espagne, Roland aurait eu pour compagnon un ancêtre des seigneurs de Gavre, un preux chevalier du nom de Guillaume. Lors des combats pour prendre la ville (plus ou moins mythique) de Luserne, ce Guillaume aurait perdu son écu en affrontant les Sarrasins. Roland, heureux de retrouver, après la bataille, ce brave compagnon qu'il avait un moment cru mort, lui offre, pour compenser cette perte, de porter son propre blason, avec une petite restriction. Mais laissons la parole à Roland lui-même :

"- Guillame, ce dist Rolans, des maintenant et a tousjours voel que portés et ayés mes armes, excepté que autour de l'escu mettés en différence une endenture de sable, et pareillement ceux qui de vous dessenderont."

Si nous en croyons le texte, les choses sont donc parfaitement claires : les armoiries de Roland sont d'or au lion de gueules, et il concède au seigneur de Gavre et à ses descendants le droit de les porter, à condition qu'ils y ajoutent une brisure : la fameuse engrêlure (ou ici, endenture, mais il s'agit d'un synonyme) de sable. Pourtant, dans les faits, force nous est d'admettre que l'iconographie ne se conforme pas à ces données simples, et que les armoiries de Roland se voient chargées de l'engrêlure, cette engrêlure qui, d'après le récit, devrait n'appartenir qu'à la maison de Gavre.

L'Histoire des seigneurs de Gavre expédie ensuite promptement son ancêtre fondateur, en faisant mourir Guillaume à Roncevaux, aux côtés de Roland et Olivier. Aucun lignage médiéval ne pouvait se rêver plus prestigieuses origines : avoir reçu ses armoiries de Roland, et les tenir en héritage d'un des vaillants tombés à Roncevaux !

Mais cela n'éclaircit pas notre petit problème d'héraldique imaginaire. Au contraire, les choses se compliquent ! Les armoiries fictives de Roland et celles, réelles, de la Maison de Gavre, se sont-elles formées indépendamment les unes des autres ? Ou bien les Gavre ont-ils adopté les armoiries rolandiennes pour rehausser leur prestige ? Ou, au contraire, la légende (tardivement attestée mais ayant peut-être existé, au moins sous forme orale, depuis une plus haute époque) de Guillaume de Gavre s'est-elle formée à haute époque, dotant du même coup Roland de ses armoiries fictives par soustraction de l'engrêlure ?

Bien malin qui saurait le dire !

Tout ce que l'on peut assurer avec certitude, me semble-t-il, c'est qu'à une date indéterminée il y eut rencontre, et interaction, entre la légende épique de Roland, la légende lignagère des Gavre, et les blasons qu'on attribuait à ces personnages...

Si l'on excepte quelques occurrences isolées d'armoiries divergentes figurant dans de rares manuscrits, l'écu d'or au lion de gueules, avec ou sans engrêlure de sable, restera en France celui de Roland, tant que durera la popularité du personnage.

Mais nous verrons, dans un prochain et dernier billet, qu'en Italie, il en va autrement...

dimanche 10 mai 2020

Les armoiries de Roland (2/4) : d'or au lion de gueules

Pour ceux de mes lecteurs qui se seraient inquiétés de mon long silence, je dirai simplement que le coronavirus n'a pas eu raison de moi, mais que le confinement s'est avéré, en ce qui me concerne, une période très peu propice à la rédaction de billets de blog. Puisqu'à présent nous en sortons, je voudrais fêter ce relatif retour à la normale en vous offrant la suite, depuis longtemps promise, de la série de textes que j'ai voulu consacrer aux armoiries de Roland.

Suite aux tâtonnements que j'ai évoqués dans le précédent billet de cette série, le blason fictif de Roland finit par prendre une forme stable et presque définitive, sans doute au début du XIVème siècle ou à la toute fin du XIIIème. Un manuscrit (ms. 5075 de la bibliothèque de l'Arsenal) renfermant une mise en prose tardive de la chanson de Renaud de Montauban (ou des Quatre Fils Aymon) nous permet de l'admirer :



Comme vous pouvez le voir, Roland porte désormais des armoiries d'or au lion de gueules. L'enluminure illustre un épisode précis de la légende des fils d'Aymon. La scène est à Laon. Le traître Ripeu, membre du lignage de Ganelon, a proféré d'infamantes calomnies contre Yvon, le jeune fils de Renaud, récemment fait chevalier. Pour laver son honneur, Yvon a résolu d'affronter en champ clos les quatre champions du parti de Ripeu. Or le jeune homme est un protégé de Roland, qui l'a patronné lors de son entrée dans l'ordre  chevaleresque. Pour faire honneur à Yvon, le neveu de Charlemagne lui prêtera donc son propre écu, qu'il portera lors de son affrontement avec les quatre traîtres. Au moment de lui remettre le précieux bouclier, Roland, pour inciter Yvon à la prouesse, lui fait un un petit discours de motivation, au cours duquel il lui expose la signification symbolique de ses armes, et l'invite à s'en montrer digne. Citons, d'après le texte de la chanson de geste, cette héroïque exhortation :

"Et si deffens mes armes, Yvon, par amisté,
Voy cel lyon vermeil en cel escu doré ;
Quant en bataille suis, et je l'y ay porté,
Pour mieux valoir les ay en mon cuer figuré :
Ly escus d'or demonstre richesse et nobleté,
Et li lions aussi forche et grande fierté ;
C'est ainsi que tu dois respandre sans pité
Le sanc tes anemis au branc d'achier lettré !"
Dont li a le viziere un petit soubslevé,
Si le pris par le levre, si fort li a tyré
Pour petit qu'il n'en a le cler sanc amené.
"Souviengne toy de moy !", dist Roland l'aduré.
Dont se party de la, a Dieu l'a commandé.

On notera en passant le geste pittoresque par lequel Roland cherche à graver sa leçon de bravoure dans l'esprit de son élève, en lui tirant la lèvre pour lui faire mal : de telles méthodes éducatives étaient réellement usitées au moyen âge ; il s'agit en somme d'un procédé mnémotechnique, tirant partie de l'association qui se forme, dans la mémoire de l'apprenti, entre la douleur subie et l'enseignement reçu, de manière à garantir cet enseignement de tout oubli futur.

Selon les dires de Roland lui-même, donc, l'or de l'écu symbolise richesse et noblesse, le lion de gueules force et fierté. Le paladin explique que, lorsqu'il a à combattre, il se représente mentalement ses armoiries pour mieux valoir, c'est-à-dire pour se montrer digne des vertus guerrières que proclame son blason. Rien que de très limpide dans ces armes d'or au lion de gueules, qui conviennent à merveille à ce héros épique par excellence qu'est Roland. Le lion s'imposait, quant à l'association de couleurs que forment l'or et le gueules, elle coule de source pour ainsi dire, et si une fameuse collection de livres pour garçons, la Bibliothèque Rouge et Or, arborait les mêmes, ce n'est pas un hasard. Les choses auraient pu en rester là.

Mais nous verrons dans un prochain billet que ce blason d'une élégante simplicité a connu des  variantes, liées à l'histoire d'une famille noble qui fut de quelque importance : la maison de Gavre.